Les voeux de Vincent Thomas, président de l'université, a profité de ses voeux pour s'attarder sur le nouvel établissement public expérimental : « l’Université Bourgogne Europe » sans renier aux valeurs fondamentales de l'institution.
Discours de Vincent Thomas, président de l'Université Bourgogne Europe
Mesdames, Messieurs,
Il y a un an, nous nous retrouvions dans cette même salle pour la cérémonie des vœux, à quelques semaines du renouvellement de nos conseils centraux. Si l'équipe qui m'entoure aujourd'hui a partiellement évolué depuis, notre engagement reste constant. Cette année encore, nous nous trouvons à quelques semaines d'une élection. La situation pourrait évoquer la célèbre comédie américaine « Un jour sans fin », mais il n'en est rien : nous arrivons simplement au terme de la construction de notre établissement public expérimental, « l’Université Bourgogne Europe ».
Notre nouveau nom reflète à la fois notre forte identité régionale mais aussi notre ambition européenne. Ce projet ambitieux réunit désormais douze établissements, représentant près de 40 000 étudiants et plus de 2000 enseignants, chercheurs et enseignants-chercheurs, et plusieurs milliers de BIATSS.
Cette transformation s’accompagne de l’intégration dans notre périmètre de deux établissements composantes, l’école supérieure de musique de Bourgogne-Franche-Comté et l’école des beaux-arts de Dijon, aussi il est nécessaire de consulter la communauté pour tenir compte et intégrer de nouveaux élus dans nos instances. Cette élection se tiendra le 18 février prochain.
Le projet partagé et longuement mûri que nous portons associe :
- trois écoles d’art et de culture : l’ESM BFC, l’ENSA Dijon et l’ESAAB à Nevers
- BSB, l’École de Commerce de Dijon
- deux établissements de santé : le CHU Dijon-Bourgogne et le CGFL
- trois écoles d’ingénieurs : CESI, ESTP, ESEO
- le campus dijonnais de Sciences Po Paris et le CROUS BFC sont également partenaires.
Les organismes nationaux de recherche (INRAé, CNRS, Inserm et CEA) auront dans les instances du nouvel établissement la place qui leur revient. Merci aux représentants de ces établissements et organismes de recherche, merci de nous avoir rejoints pour relever le défi commun de notre stratégie car cet élargissement se veut plus intégratif pour permettre à chacun de mieux rayonner sur le plan national et international.
La concrétisation de l'Université Bourgogne Europe a conduit à un changement de notre identité visuelle. Un nouveau site internet a été mis en ligne la semaine dernière. Afin d'expliquer concrètement les évolutions en cours et répondre aux interrogations de la communauté, six courtes vidéos thématiques ont été réalisées. Nos partenaires institutionnels pourront aussi les consulter pour mieux appréhender les changements opérés.
Si notre université a changé d'envergure et de nom, elle conserve ses fondamentaux : ses composantes, ses laboratoires, ses services et, bien sûr, ses personnels et ses étudiants. Ce qui évolue, c'est notre capacité d'action collective.
Au-delà de ces transformations structurelles, notre université reste profondément attachée à ses valeurs fondamentales : l'humain et la solidarité demeurent au cœur de nos actions. A ce titre, au cours de l’année 2024, nous avons terminé le processus de convergence indemnitaire pour l’ensemble des personnels BIATSS bénéficiaires de l’IFSE. Ce sujet était légitimement au cœur des attentes depuis de nombreuses années. Voilà qui est fait.
Notre engagement en faveur de l'inclusion a également progressé. L'adoption du schéma directeur du handicap à l’automne dernier et la signature de la Charte « Atypie-friendly » en faveur des personnes affectées d’un trouble du neurodéveloppement, témoignent de notre volonté de créer un environnement universitaire toujours plus accueillant et respectueux.
L'année passée a marqué une autre avancée importante, dans le domaine de la lutte contre le harcèlement : le dispositif « Stop harcèlement » destiné aux étudiants, calqué sur celui mis en place pour les personnels en 2021, est désormais opérationnel.
Ces deux dispositifs permettent non seulement de signaler des faits de harcèlement moral ou sexuel, mais aussi de déclencher des enquêtes et, si nécessaire, d’aboutir à la saisine de la commission disciplinaire voire à un signalement au procureur de la République. Les dernières statistiques montrent que ces dispositifs fonctionnent et permettent de traiter de mieux en mieux les situations qui nous sont communiquées. Les délais de réponse, qui étaient parfois un peu longs, ont diminué significativement depuis la rentrée. J’en remercie les services compétents car c’est une donnée importante de la réponse que l’université apporte aux situations de harcèlement et de violence sexiste et sexuelles.
Un réseau de référents Qualité de Vie au Travail et Violences Sexistes et Sexuelles s'est déployé dans les composantes en 2024. Aujourd'hui, plus de 60 personnes formées constituent une première ligne d'écoute pour les personnels en difficulté, avec pour mission d'orienter et d'alerter quand la situation l'exige.
Par ailleurs, des débats et ateliers réflexifs sont programmés en juin 2025 à l'occasion de la semaine dédiée à la Qualité de vie au travail. Le plan d'actions QVT et son schéma directeur ont fait l'objet d'un vote à l'unanimité par le CA. Nous continuons de progresser dans ce domaine qui nécessite encore beaucoup d’efforts collectifs et individuels.
La lutte contre la précarité étudiante est une autre de nos priorités. Créée il y a quatre ans, la Commission solidarité étudiante poursuit son action essentielle grâce au soutien de partenaires fidèles - publics comme la ville de Dijon et Dijon Métropole, et privés. La Région devrait rejoindre ce cercle de soutien cette année. L'extension des antennes de la Commission à tous nos campus territoriaux, portée par l'engagement de personnels bénévoles, permet désormais une action de proximité sur l'ensemble de notre territoire.
A côté de la solidarité, de l’inclusion et du respect humain, une autre valeur a été portée avec beaucoup de conviction : la laïcité. En 2024, le 16 octobre, nous avons instauré la première « Journée de la Laïcité et de la Tolérance », en mémoire de nos collègues Samuel PATY et Dominique BERNARD, victimes de l'obscurantisme religieux. L'inauguration de l'amphithéâtre Samuel PATY à l'INSPE, en présence du recteur de l'académie de Dijon, fut un moment particulièrement émouvant, orchestré avec sensibilité par les futurs enseignants d'histoire-géographie. Une conférence sur le guide de la laïcité à l’université publié par France Universités s’est également déroulée sur les campus de Dijon et du Creusot à l’occasion de cette journée.
Toujours sur le registre mémoriel, j’ai participé la semaine passée au rassemblement organisé par la ville de Dijon pour commémorer les 10 ans de l’attentat contre Charlie Hebdo et les trois jours de barbarie qu’a connu notre pays. Dans quelques semaines nous accueillerons sur le campus de Dijon l’une des étapes de la tournée des universités organisée par l’association « Génération Charlie », en présence du dessinateur RISS.
Ces préoccupations sociétales et citoyennes qui sont celles de toute une communauté universitaire ne doit pas nous détourner pour autant de nos missions premières. Comme vous le savez, la recherche est ce qui distingue fondamentalement une université d'un autre établissement d'enseignement supérieur, et je rappelle qu’en France les universités portent 90% de la recherche dans leurs laboratoires.
L'année 2024 a une fois de plus confirmé l’excellence de l’Université Bourgogne Europe dans ce domaine, avec notamment quatre de nos collègues nommés membres juniors de l'Institut Universitaire de France, deux en sciences humaines et sociales, deux en sciences expérimentales.
Notre université maintient sa place dans le classement de Shanghai, particulièrement dans les domaines des sciences biologiques humaines, l’écologie, les sciences de l’aliment, les sciences de la Terre et de la santé. La qualité de nos chercheurs est également reconnue dans le classement de Stanford, où plus de soixante d'entre eux figurent parmi les plus cités au monde.
Sur la scène internationale, notre rayonnement s'intensifie. Notre engagement dans l'Alliance FORTHEM continue de porter ses fruits. Avec nos huit partenaires, nous développons des projets innovants et renforçons notre dimension internationale.

Le succès d'Houda Rafi, lauréate du « Researcher Grand Prix », l’équivalent de ma thèse en 180 secondes de l'Alliance FORTHEM, en est une brillante illustration. Cette jeune doctorante en informatique du laboratoire IMVIA démontre l'excellence de notre formation doctorale à l'échelle européenne. Cette distinction individuelle illustre l'excellence de nos étudiants et de nos laboratoires reconnue à travers l’Europe. Bravo à elle et à l’équipe des chercheurs qui encadrent ses travaux.
Le fruit de nombreux travaux de recherche trouve de belles concrétisations. Je tiens à cet instant à saluer le nouveau président directeur de la SATT SAYENS en la personne de Romain LIÈGE qui prend la succession de Catherine GUILLEMIN. Avec DECA-BFC et sa directrice Bénédicte MAGERAND, nous disposons de deux belles structures de valorisation de la recherche.
Dans le domaine de la formation, autre pilier de l’université, la construction de l’EPE, établissement public expérimental, va permettre aux établissements membres de partager une stratégie commune répondant à des enjeux sociétaux majeurs au croisement de grands domaines interdisciplinaires.
Les Graduate Schools de l'Université Bourgogne Europe, s'appuyant sur les forces de tous nos établissements, constituent les leviers de la structuration de projets transversaux riches des atouts de tous les établissements réunis.
Les Programmes Gradués qui se développent dans ces Graduate Schools, sont interdisciplinaires. Ils visent deux objectifs : préparer au doctorat et faciliter l'insertion professionnelle.
Ces programmes enrichissent d’ores et déjà notre offre de formation de modules de master ou de formations courtes, d’une durée allant de 40 à 80h. Ils ouvrent aux élèves ingénieurs, notamment mais pas seulement, la possibilité de poursuivre en thèse grâce à des doubles diplomations.
À l'intersection entre la formation et la recherche, nous avons souhaité mettre en place des pôles structurants thématiques. Le premier est créé. Il est dédié à l’« IA » doté de 4 axes reprenant les défis que relèvent les 4 Graduate Schools : transitions intelligentes, une seule santé, patrimoine matériel et immatériel, créer les connaissances du futur pour innover demain.
Déjà, une centaine de membres de l’Université Bourgogne Europe sont réunis dans ce pôle IA, auxquels se sont joints des membres de l'Institut Agro Dijon, de l'Université de Haute Alsace et de l'UMLP ! Nous pouvons collectivement nous en féliciter car cela montre la capacité de notre communauté à réunir les talents de notre université, mais aussi les talents des établissements qui souhaitent travailler sur des sujets d’avenir et porteurs avec nous.
Accomplir toutes ces missions et réaliser tous ces projets nécessitent évidemment d’en avoir les moyens, et donc de construire et de gérer le budget de l’Université Bourgogne Europe en conséquence. Vous connaissez la situation du pays, sur laquelle je ne m’appesantirai pas. Mais si nos finances sont saines, elles continuent d’être affectées par les mesures nationales non compensées. Le prélèvement de près de 16M€ sur nos réserves, notre fonds de roulement, pour équilibrer le budget le démontre assurément.
Contrairement à certaines affirmations trop facilement relayées, ces réserves ne constituent pas le « bas de laine » des universités. Cet argent ne dort pas dans nos caisses. C’est grâce à ce fonds de roulement que nous menons notre stratégie d’investissement en rénovant de nombreux bâtiments en accompagnement des plans régionaux, du Contrat de Plan État-Région ou encore du Contrat Métropolitain.
Et c’est dans ce fonds de roulement que sont versés les budgets des projets que nos laboratoires décrochent sur plusieurs années. Ainsi, ces sommes existent bien, mais elles sont dédiées à des projets bien précis et on ne peut pas les dépenser à autre chose.
A la veille de la trêve des confiseurs, le Conseil d’administration provisoire de l’UBE a adopté le budget pour l’année 2025. Comme toutes les universités françaises, l’année 2024 a été difficile sur le plan budgétaire. Vous avez peut-être entendu parler de la journée nationale « Budget 2025 : Universités en danger » en décembre dernier à laquelle nous avons activement participé. Si la situation budgétaire appelle à la vigilance, elle ne freine pas notre dynamisme et nous ferons tout ce qui est à notre portée pour éviter que cela arrive. Nos campus continuent leur modernisation et nous poursuivons les investissements indispensables à nos missions.
Ainsi, dans le cadre du CPER, trois opérations majeures sont programmées en 2025 :
- Les travaux du bâtiment Santé B4 qui débuteront cette année, pour une livraison en 2026 ;
- la surélévation de l'aile IRCAMAT dédiée à la Pharmaco-Imagerie dont la réalisation débutera cette année ;
- La rénovation énergétique qui sera engagée pour la BU Droit-Lettres et la BU Santé, ainsi que pour Chabot-Charny.
En parallèle, plusieurs projets hors CPER se concrétiseront en 2025 :
- L'achèvement de la rénovation énergétique du bâtiment Mesures Physiques au Creusot ;
- La livraison du bâtiment CALHIPSO ;
- L'extension du Datacenter ;
- L'agrandissement de la crèche « La P'tite Fac » ;
- L'aménagement de la Plateforme CND Lab' dans le bâtiment « Institut Image » à Chalon, en collaboration avec le Grand Chalon et la Région.
Les défis qui se présentent à nous en 2025 sont multiples : frugalité énergétique, contraintes budgétaires dans un contexte national tendu, nécessaire évolution de nos pratiques pédagogiques avec l’avènement de l’intelligence artificielle, amélioration continue de la qualité de vie au travail. Face à ces enjeux, notre force réside dans notre capacité à rassembler les énergies, à « faire communauté », objectifs que nous avons toujours poursuivis.
En 2025, comme en 2024, nous devrons nous rappeler que faire société, vivre ensemble est une tâche qui se construit au quotidien, dans le respect et la tolérance, dans l'écoute de l'autre et dans la bienveillance, dans l'espoir de renouer avec cet état d'esprit, devant les risques, les menaces grandissants qui affectent aujourd'hui notre cohésion nationale.
Alors que nous commémorons les dix ans des Accords de Paris, l'année 2024 s'inscrit comme la plus chaude jamais enregistrée. Les catastrophes qui ont frappé Valence, Mayotte ou Los Angeles ne sont plus des alertes mais des réalités qui nous imposent d'agir. La transition écologique n'est plus une option : c'est une urgence absolue.
Notre établissement doit l’assumer à l’instar de chacune et chacun d’entre nous. C’est pourquoi les instances de l’université ont adopté fin 2024 le premier schéma directeur du développement durable et de la responsabilité sociétale et environnementale que nous mettons désormais en œuvre pour toutes nos activités et toutes nos actions.
Malgré tous ces défis qui se présentent à nous, j’aimerais terminer sur une touche positive : dans un récent palmarès des villes sur le thème « où vit-on le mieux en France » le magazine L’EXPRESS a publié une carte affichant Dijon à la 8ème place. Je cite un extrait de cet article : « Un joli résultat pour la cité bourguignonne, une performance due notamment à la qualité de son enseignement supérieur ! ». Une belle illustration de ce que représente notre université Bourgogne Europe sur le territoire national !
Une belle illustration de la compétence et de l’engagement de tous les personnels de l’université qu’ils soient enseignants, enseignants-chercheurs, chercheurs, personnels bibliothécaires, ingénieurs, administratifs, techniciens, personnels sanitaires ou de santé. Je remercie chaleureusement chacune et chacun d’entre eux : les succès de l’université sont les leurs !
Il reste que le travail à réaliser demeure considérable, mais nous pouvons affirmer qu’au quotidien, chacune et chacun des membres de notre communauté prend sa part pour faire avancer le collectif. Avec la création de l’Université Bourgogne Europe, une nouvelle aventure commence pour notre communauté universitaire élargie à onze partenaires.
Je tiens aussi à remercier l’ensemble des équipes des Beaux-Arts, de l’école supérieure de Musique, de BSB, de l’ESAAB, du CHU Dijon-Bourgogne, du CGFL, du Cesi, de l’ESEO, de l’ESTP, du campus dijonnais de Science Po, du CROUS, mais aussi toutes celles et tous ceux qui ont fait l’université de Bourgogne et qui font désormais l’Université Bourgogne Europe pour leur implication sans faille dans un projet d’enseignement supérieur et de recherche renouvelé et ambitieux pour tous !
Un autre remerciement, tout particulier, va à la direction générale des services, mais aussi à toute l’équipe des vice-présidentes et vice-présidents qui m'entourent. Leur engagement au service de la communauté, leur soutien dans les situations complexes – et il y en a de nombreuses – et leur abnégation sont précieux et indispensable au bon fonctionnement de notre établissement. La communauté universitaire sait qu’elle peut compter sur eux.
Notre université Bourgogne Europe s'affirme comme un acteur majeur au cœur de la cité et de la société, partenaire toujours volontaire du développement territorial et économique, résolument tournée vers l'Europe et le monde. Ancrés dans notre territoire mais tournés vers l'avenir, nous incarnons tous ensemble des valeurs fortes : égalité, liberté, fraternité, solidarité, laïcité, ouverture et tolérance. En un mot l’humanisme.
Je terminerais mon propos en citant Fatima Mernissi qui a écrit : « Le pessimisme suffit à constater les faits, pour l'optimisme, il faut de la créativité ».
Alors, au nom de l'Université Bourgogne Europe, au nom de l'équipe de gouvernance et en mon nom personnel, je vous souhaite à toutes et tous une très belle, très heureuse et très créative année 2025.