Rendre de la visibilité aux femmes, notamment victimes de handicap

12 mars 2024

Parce que la lutte pour le droit des femmes ne doit pas se limiter à une journée, le 8 mars, la Ville de Dijon a profité de cette date pour lancer un mois complet dédié à l’égalité entre les femmes et les hommes mais aussi pour la lutte contre toutes les discriminations. Pour initier ce mois de l’égalité, la collectivité a organisé une conférence débat autour des droits des femmes en situation de handicap et de vulnérabilité.

Difficile de choisir sur quel pan des inégalités vécues par les femmes mettre l’accent tant elles sont encore nombreuses. Toutefois, à l’occasion du 8 mars, journée internationale de lutte pour les droits des femmes, la Ville de Dijon a choisi de mettre en lumière celles que la société a tendance à invisibiliser : les femmes en situation de handicap. « Nous devons lutter contre les violences systémiques que subissent celles et ceux qui sont différents » a insisté Kildine Bataille, adjointe au maire de Dijon déléguée à l’égalité femmes – hommes et à la lutte contre les violences faites aux femmes. « Il est important de débattre de ces questions avec les Dijonnais et les Dijonnaises pour faire avancer les politiques publiques » a-t-elle complété.

Devant les violences, nombreuses, qui existent dans la société, l’élue a lancé un message : « Nous devons regarder cette réalité et agir. Nous devons lutter contre le déni collectif, lever le voile sur ce qui dérange. » En évoquant l’inceste, elle a ainsi rappelé que les enfants en situation de handicap s’avèrent plus susceptibles d’en être victime tandis que la question des femmes en situation de handicap victimes de violences n’est que rarement abordée. « Il faut pouvoir traiter le sujet sans tomber dans le pathos, le misérabilisme ou la pitié. Comment informer sans déformer, lever le voile sans trahir ou encore expliquer sans parler à leur place » a interrogé Stéphanie Vacherot conseillère municipale déléguée au handicap.

Des femmes derrière les chiffres

Les statistiques ne manquent pas et font froid dans le dos. Si 50 % des femmes se disent victimes de violences sexuelles en France, le nombre monte à 72 % si la femme est victime d’un handicap. Pour toutes, le risque vient principalement de leur propre foyer. « Les violences viennent majoritairement de leur conjoint avec des degrés et actes différents selon le handicap. » Stéphanie Vacherot rappelle également que six femmes avec un retard mental sur dix ont été agressées sexuellement au même titre que 85 % des femmes autistes dont 47 % avant l’âge de 14 ans. Les chiffres se suivent et accablent une société qui cachent encore trop ces violences, oubliant celles qui les subissent. « Les femmes qui les endurent sont souvent perçue comme moins crédibles du fait de leur handicap, leur parole est remise en cause. Sans oublier qu’elles ont parfois une incapacité physique de s’exprimer ou que la notion de consentement n’est pas toujours claire dans leur esprit. » Par ailleurs, les victimes se trouvent parfois freinées dans leur souhait même de se défendre en raison de l’accessibilité des locaux pour porter plainte ou pour se faire soigner.

Une réalité locale

David Brion, chef du service études et diffusion de l’INSEE, a dressé un portrait de la situation des inégalités entre les femmes et les hommes. Plus régulièrement à temps partiel, avec des CDD et moins bien payées, les statistiques, bien que concrètes, ne mettent pas en lumière les inégalités subies par les femmes en situation de handicap. Au registre de la santé, certaines personnes de la salle ont témoigné de l’inégalité de traitement et d’accès au soin. « Une table de gynécologie ne descend pas donc on doit nous examiner sur notre fauteuil » a interpellé une femme. De son côté, Cassandra Alves-Amadieu, interne en médecine légale au CHU de Dijon, a rappelé l’existence du violentomètre qui dresse un état des lieux des violences. « Les femmes oublient qu’il existe une disposition légale contre les outrages sexistes. Seules 2 % de plaintes sont déposées. 15 % des infractions se passent dans les transports. » Pour donner une dimension locale aux chiffres, l’interne a souligné que 128 victimes ont été reçues au CHU de Dijon dont 23 mineurs, 17 hommes et 5 femmes non valides. « 99 % des auteurs de violences sont des hommes. » Il est également à rappeler que toutes les victimes de violences ne se sont pas rendues au CHU.

Un outil pour les femmes

Alors qu’il faut en passer par le SAMU pour se rendre désormais aux urgences, obligeant les victimes à exprimer le motif de leur visite, un nouvel outil verra le jour pour leur faciliter la vie. A l’initiative du CHU, une maison des femmes devrait ouvrir à Talant entre les mois de juin et septembre en s’appuyant sur du personnel du CHU. Elles pourront y trouver des soins en santé, des éléments de contraception mais aussi une aide pour les victimes de violences et des moyens pour lutter contre les mutilations sexuelles.

Nadège Hubert

Si vous avez aimé cet article, vous aimerez aussi...

Une autre mobilité se profile dans la Métropole
Depuis la signature de la charte de coopération interterritoriale...
Semaine de la parentalité - plus de 100 événements à partager en famille jusqu'au 1er novembre
La Caf de la Côte d’Or, le Conseil Départemental,...
Semaine Bleue 2026 : « Des territoires engagés » Les 18 EHPAD de VYV 3 Bourgogne se mobilisent
A l’occasion de la Semaine Bleue du 5 au 11 octobre 2026, les...
Djon : Les associations ont un nouvel outil
La maire de Dijon a inauguré la maison des associations...
Il y a l'art et la manière et l'Art pour le dire avec son Carnaval vénitien à Semur en Auxois
Pour sa 24e édition, VYV3 Bourgogne et son espace d’expression...
Agriculture : un nouvel élan pour l'innovation
Les travaux d’Agronov II sont officiellement lancés à...
Une maison pour mieux vivre les déserts médicaux
Capitale régionale, Dijon métropole abrite de nombreux...
La Métropole passe un nouveau cap dans la transition énergétique avec la modernisation de l'UVE !
Cette année, Dijon métropole engage une nouvelle étape...

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *