Préserver la culture sur les territoires : les élus ont le pouvoir d'agir

Préserver la culture sur les territoires : les élus ont le pouvoir d'agir

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Photo en une : Festival de la paille © Johann Rousseau


02 décembre 2025

En tant que premiers financeurs de la culture, les communes jouent un rôle déterminant dans le bon fonctionnement du secteur des musiques actuelles. Mais pour prendre les bonnes décisions, encore faut-il être bien informé et savoir sur qui s’appuyer.

Depuis une quinzaine d’années, de grands groupes capitalistiques grignotent la filière des musiques actuelles en France. Dans une cartographie établie par le chercheur Mathieu Barreira, et mise à jour à l’initiative du Syndicat des Musiques Actuelles (SMA), on peut voir qui se partage le gâteau et comment. Salles de concert, labels, billetterie, festivals… L’objectif est clair : contrôler l’ensemble de la chaine de valeurs du secteur pour limiter les risques et faire le maximum de profits. Si ces pratiques s’intègrent parfaitement dans notre monde capitaliste, on peut s’offusquer d’apprendre que certains de ces géants utilisent l’argent public en exploitant des stades, des Zénith ou en montant des festivals. « Beaucoup d’élus ignorent qui sont ces acteurs exogènes, quelles sont leurs origines, quels sont leurs objectifs, car leur arrivée est récente », affirme Aurélie Hannedouche, directrice du SMA. « Ils réclament des subventions du côté du développement territorial, du tourisme, de l’économie. Si on les sort par la porte, ils reviennent par la fenêtre », décrit la professionnelle. Elle cite un exemple frappant : celui du festival Garorock, à Marmande en Lot-et-Garonne. Indépendant à sa création, il est devenu propriété du milliardaire Vincent Bolloré jusqu’en 2024. À cette époque, il a contourné la décision de la région Nouvelle-Aquitaine de ne plus aider les groupes capitalistiques, en se servant de l’association liée au festival pour bénéficier de subventions et recourir au bénévolat. « Des gens ont donc travaillé gratuitement pour un milliardaire. »

Pour séduire les collectivités, les opérateurs privés abusent aussi de marketing territorial, vantant les retombées économiques à venir et la reconnaissance à l’échelle nationale. « Dans les années 70-80, on a eu les pionniers : le festival de Bourges, d’Avignon, les Francofolies de La Rochelle, les Transmusicales de Rennes, les Eurockéennes de Belfort… Ces petites villes ont commencé à exister sur la carte de France. Forcément, ça met des paillettes dans les yeux. »

Revenir à l’échelle locale

Une fois le voile levé, reste à faire les bons choix. Face à cette « événementialisation à outrance », Aurélie Hannedouche appelle les élus à réévaluer l’intérêt de leur territoire sur le moyen terme et à viser le qualitatif plutôt que le quantitatif. À l’heure des coupes budgétaires qui étranglent les collectivités territoriales, le facteur économique est de taille. Mais on peut difficilement souhaiter qu’il soit le seul à mener la prise de décision. « Qu’est-ce qui profite le plus à la population ? Des acteurs culturels locaux, ancrés sur le territoire qui interviennent dans les écoles, les Ehpad, les hôpitaux, les prisons et favorisent le lien social ? Ou un gros événement qui se greffe quelques jours par an, mais ne fait vivre aucune entreprise du coin ? Sans parler du désastre écologique engendré par les shows de grande ampleur. »

Pour tenir bon face aux géants, la volonté politique, la mutualisation de ressources et la mobilisation d’acteurs culturels territoriaux sont autant de cartes à jouer par les élus. « Ils peuvent faire appel à des associations, à une SMAC (salle de musiques actuelles) comme La Vapeur à Dijon, pour organiser des ateliers de médiation culturelle ou des concerts. Même dans les territoires ruraux, on peut investir une médiathèque ou une salle des fêtes. La culture ne peut pas exister que dans les grandes métropoles. » Pour sortir des difficultés, l’union fait souvent la force. Présent au dernier salon des maires à Paris, le syndicat a exprimé la nécessité de faire collectif pour trouver des marges de manœuvre en contexte contraint. Au quotidien, il entretient une relation étroite avec France Urbaine, l’AMF et la FNCC. « Nous organisons régulièrement des temps d’échanges pour comprendre les enjeux des élus, et qu’ils entendent les nôtres ».

Le SMA est intervenu au au Salon des Maires 2025 lors du forum "Culture et sport : simples variables d'ajustement ou outils de cohésion sociale ?" pour rappeler le rôle des communes dans le fonctionnement des musiques actuelles 

De l’urgence d’agir

Non loin de la Côte-d’Or, à Métabief, le Festival de la paille, porté par le Collectif Organisation, jouera les 24 et 25 juillet 2026 sa dernière édition. Face aux difficultés financières liées à l’explosion des cachets des artistes et à l’augmentation des charges, l’association ne peut plus tenir et choisit d’arrêter l’aventure de ce rendez-vous culturel phare du Haut-Doubs, qui depuis 25 ans invite le public à découvrir des artistes émergents du territoire, à prix accessible (comptez 65 à 82€ en dernière minute les deux jours). Ce même week-end de juillet, à près de 70 kilomètres de là, la Saline d’Arc-et-Senans, établissement public de coopération culturelle, accueillera un événement musical inédit, porté par Please Please en accord avec le géant Live Nation (détenu par John Malone, un autre milliardaire, américain cette fois). En tête d’affiche : Maitre Gims et Sting. Et des prix qui s’envolent (de 69 à 129€ pour un seul jour). Dans un communiqué de presse en réaction à cette concurrence déséquilibrée, le Collectif Organisation explique que si « plusieurs événements peuvent vivre ensemble sur un même territoire », cela ne peut se faire sur des rapports de forces. « Nous appelons à une vigilance partagée, de la part des institutions publiques, des acteurs culturels, des professionnel.le.s du spectacle et des citoyennes et citoyens : préserver les événements indépendants vitaux historiques, c’est préserver la diversité culturelle elle-même. »

 

Déborah Vital 

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