Et si la campagne Côte-d'Orienne se mettait au street art...

30 septembre 2025

Depuis une décennie, le street art s’immisce peu à peu en milieu rural même s’il n’a pas encore réussi à s’y imposer. Quelques élus ouvrent toutefois leur territoire à cette pratique artistique capable de transformer l’espace public ou de créer de l’attractivité.

Le M.U.R. à Dijon n’est pas le seul espace où les artistes peuvent s’exprimer dans les rues de la métropole. Ici ou là, certains bravent l’interdit pour apposer leur empreinte éphémère avec leurs dessins ou encore leurs collages. Alexandra de Prinsac choisit des toiles urbaines vouées à disparaitre comme des immeubles en construction avant que les façadiers n’interviennent ou des bâtiments prêts à être démolis. « Je ne dégrade pas puisque c’est recouvert. J’inscris un message avec énergie et bienveillance dans les murs pour les futurs résidents. J’aime aussi penser à toutes les vies qui sont passées par ces murs. » Plutôt urbaine, la street artiste aimerait poser ses crayons ici ou là dans les villages de Côte-d’Or. « Je me souviens avoir peint sur une botte de paille enrubannée du côté de Sombernon. J’ose peu aller en milieu rural pour poser un dessin car j’ai l’impression que ça agresse les habitudes, que ce n’est pas bien accueilli. »

Alexandra De Prinsac ©Nadège Hubert

Pourtant, loin de l’inconscient collectif qui limiterait le street art aux villes, plusieurs communes du département encouragent cette pratique à leur manière. À Magny-sur-Tille, deux projets ont vu le jour cette année. Ainsi, une fresque a vu le jour sur le pignon de l’école primaire grâce à l'artiste ENOTS qui a réalisé cette œuvre nommée MIRA, en seulement quatre jours ! Il a également mis son talent à l’œuvre sur le transformateur électrique en face de la médiathèque. Enedis accompagne cette démarche qui participe d’une meilleure intégration des installations électriques dans leur environnement. Dans le cadre de travaux d’embellissement de postes de distribution publique d’électricité, les collectivités doivent solliciter Enedis via un formulaire pour qu'une protection de chantier soit réalisée avant le début des travaux. « Les peintres peuvent ainsi intervenir sur le poste en toute sécurité. Enedis en Côte-d'Or accompagne les collectivités lors de cette opération, en prenant à sa charge la mise en sécurité des installations le temps de la réalisation du chantier. Ceci inclut les déplacements et la main-d'œuvre d’une équipe, la dépose et remise en place des plaques d’informations et de sécurité, la pose et dépose des protections », précise une porte-parole de la société. Ouges ou encore Thorey-en-Plaine ont embelli leur poste de distribution d’électricité tandis que d’autres conduisent des projets en ce sens comme Noiron-sous-Gevrey, Jouey ou encore Fauverney.

Magny-sur-Tille ©Belinda Belin

Thorey-en-Plaine ©mairie de Thorey en Plaine

De l’art accessible à tous

D’autres élus s’engagent pleinement dans la promotion du street art et dans son intégration dans leur commune. Dans la Communauté de communes Auxonne Pontailler Val de Saône, la battle de hip-hop 2025 organisée par l’école de musique donnait à chacun l’occasion de s’initier au graffiti par l’intermédiaire de l’artiste Kawa.

À Montbard, depuis plusieurs années, des artistes de renommée internationale comme JR ou C215 ont marqué la ville de leur empreinte en réalisant des portraits des habitants sur les murs avec le projet Inside Out en 2018, ou encore en revisitant les boîtes aux lettres en hommage à Simone Veil en 2019. Pour la commune, il s’agit d’œuvres à la fois artistiques, citoyennes et engagées. « Le street art est une forme esthétique, picturale, parfois pérenne, parfois éphémère, et la ville soutient les projets qui font sens. Nous ne sommes pas dans une perspective de “ville-musée du street art” comme dans le 13e arrondissement de Paris, mais nous accueillons les initiatives avec un œil intéressé et favorable », précise Laurence Porte, maire de Montbard. La dynamique engagée se poursuit puisque l’artiste M. Tuttut a collaboré avec les élèves de l’école Paul Langevin pour cocréer une fresque monumentale. Pendant une semaine, l’artiste s’est inspiré des 104 dessins réalisés par les enfants pour donner naissance à une œuvre collective haute en couleurs, désormais installée dans le hall de l’école. En plus d’embellir le patrimoine ou les rues de la ville, le street art participe du questionnement de la mémoire comme ce fut le cas sur le projet consacré à Simone Veil, mais met aussi les habitants au cœur du projet en nourrissant une réflexion collective sur l’identité et le vivre-ensemble.

Boite aux lettres Simone Veil © mairie de Montbard

Mur à l'effigie des habitants ©Mairie de Montbard

Un choix qui s’affiche en grand

En Côte-d’Or, impossible de parler street art et ruralité sans évoquer la Karrière de Villars-Fontaine. Abandonnée en 2002, les immenses blocs de pierre et leurs parois lisses de la carrière ont encouragé le maire, Pierre Lignier et son conseil municipal à faire l’acquisition du site. « Nous voulions en faire un lieu culturel entre Dijon et Beaune. Comme je m’intéressais au street art, on s’est dit que ces murs pourraient servir pour des fresques monumentales. Nous avons accueilli le premier artiste en 2016. » Aujourd’hui, toutes les faces servent de toile à des œuvres gigantesques qui attirent le public, en particulier pendant le festival. « Cette vingtaine de fresques ont donné une identité au lieu. Depuis 2017, 150 000 visiteurs sont venus les voir. » Pour répondre aux envies de création de nouveaux artistes, la Karrière efface certaines de ces œuvres éphémères. Insolite, le lieu prend la forme d’un musée vivant en plein air, ponctué d’animations qui, dans un futur proche, pourra accueillir des séminaires et des colloques. « C’est important d’apporter cette dimension culturelle en ruralité et dans les Hautes-Côtes. Le monde qui s’y rend prouve que ça intéresse sans forcément être féru d’art. »

Nadège Hubert

 

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