En 1903 naissait la SDAT, Société Dijonnaise d’Assistance par le Travail. En 2023, 120 ans après, la SDAT est toujours présente à Dijon et sa Métropole ainsi que sur le département de la Côte d’Or mais est devenue Solidarité Dignité Accompagnements Travail, des valeurs contenues dans le nouveau projet associatif établi en 2021. Pour fêter cet anniversaire et sa longévité, la SDAT a organisé une matinée institutionnelle qui s’est déroulée à l’Ecrin à Talant. Retour sur 120 ans d'histoire auprès des plus fragiles.
La création de l’Assistance par le Travail, plus précisément de la Société Dijonnaise de l’Assistance par le Travail fut longtemps attribuée aux époux Grangier.
Cette affirmation pris corps vers 1950 et persistera les décennies suivantes ; assertion soutenue par la presse locale, ainsi que les dirigeants successifs de l’Association. À partir de 2017 des recherches documentaires, menées par notre administrateur- historien Jean-Luc JOLY, aux archives municipales et départementales, révèlera l’inexactitude de cette affirmation.
C’est Amédée Charles COLLOT (1839-1919), dit COLLOT-LAURENT, industriel à DIJON, ancien Président de la Chambre de Commerce et d’Industrie, qui perçut le besoin social de cette création. Il fut largement soutenu par les magistrats, élus, universitaires, industriels, commerçants de Dijon.
Le livret, retrouvé aux archives municipales, consolidera ces faits de façon indiscutable. Le Président de l’association nouvelle née prit soin de le faire publier par le Bien Public le 16 mars 1903.
Rendons tout de même hommage à Madame VILLENEUVE, veuve GRANGIER, qui légua la somme de cent mille francs à l’association, legs sous condition.
Ce dernier fut aussitôt contesté et les fonds bloqués par Henri BARABANT, maire de DIJON (1904-1908) au motif que « cet argent revenait aux pauvres via le bureau de bienfaisance ».
Amédée COLLOT-LAURENT porta l’affaire en justice, qui débouta le maire. La somme fut débloquée au profit de l’association fin 1907.
Nous avons la chance de compter parmi nos administrateurs, l’arrière petit-fils de Charles Amédée Collot, Monsieur Rémy Bertrand et qui occupe la fonction de vice-président de notre association depuis 2017.
De nombreux adhérents et des dons conséquents ont permis de créer très rapidement cette société d’assistance par le travail pour répondre à la mendicité très présente sur la ville.
Outre la fabrication classique des petits fagots, margotins, allume-feux, on peut ajouter le cassage des pierres, la confection des paillons, des brosses, des sacs en papier, des bandes pour circulaires, le triage des chiffons, etc.,
Le 13 août 1906, L’association est Reconnue d’Utilité Publique par le ministère de l’intérieur, approuvé par le Conseil d’État.
Le 20 juin 1914, l’Assemblée générale de la SDAT décide de modifier les statuts de l’association. La principale modification apportée autorise ainsi l’association à « étendre son action par la création d’autres œuvres telles que fourneau alimentaire, asile de nuit… ». A cette date, le siège de l’association est situé 7 rue de la Manutention, les ateliers sont situés impasse de la Grenouille.
Les statuts sont approuvés ainsi par décret du 30 mars 1915 ; ils ne seront modifiés qu’en 2022.
Entre 1919-1929, les objectifs de l’association sont à la fois économiques, sociaux et charitables :
il s’agit de prendre en charge les exclus du système économique et de leur donner une nouvelle chance de s’intégrer au marché du travail.
Le coût de fonctionnement est couvert par les revenus du legs de Madame GRANGIER, les dons de Dijonnais, membres bienfaiteurs et, pour une part plus modeste, par la gestion des activités sociales, notamment des ateliers.
1930-1949 : Les années de grande crise
Ce sont les années de la grande crise et par conséquent du chômage. Jean-Baptiste RICKLIN, Notaire, est nommé Président en 1932 ; trois Présidents issus de la Chambre de Commerce l’ont précédé. Ce dernier y introduit des officiers à la retraite comme le Général GAGEY et le Général ECHARD. Ils font face avec courage et générosité mais voient fondre les revenus de la donation GRANGIER, sous l’effet des dévaluations successives du franc. On est alors dans le cadre de la charité traditionnelle.
1949-1951 La MANU
Le nouveau Président découvre que la caisse est vide. La Caisse d’Allocations Familiales demande à ce moment-là de racheter le bâtiment : la liquidation de la SDAT semble imminente. Mais les visiteurs de prison se mobilisent car, pour eux, il s’agit de la disparition annoncée du seul moyen d’accueil à leur disposition lors de la sortie d’un prisonnier, sans famille, sans argent.
Le 9 décembre 1949, le Pasteur DERANSART met en place une nouvelle équipe autour du noyau formé par les visiteurs de prison, dont Henri GERMAIN et Henri CALLEROT et du Vice-Président Georges QUILLOT. Grâce à Georges QUILLOT, l’établissement se transforme en une entreprise rentable d’usine d’allume feux. Il trouve des débouchés commerciaux auprès de la Compagnie Internationale des Wagons-Lits. La main-d’œuvre est recrutée dans les services pénitentiaires.
C’est un nouveau départ qui ne s’arrêtera pas.
- En 1951, un directeur est recruté en la personne de Monsieur Jean BLIGNY : il sera le patron de la «Manu», comme l’appellent les Dijonnais, pendant un quart de siècle. Rapidement, l’association va retrouver un équilibre financier basé sur le travail des ateliers, les pensions des travailleurs et une subvention de la ville de DIJON.
- En 1957 Le Foyer de la Manutention est agréé au titre de l'Aide Sociale.
- En 1962 À la demande de la municipalité, prise en charge de l’Asile de Nuit de la rue Viardot
- En 1963 Les ateliers de mise au travail situés rue de la Manutention sont transférés 3, rue Auguste Frémiet dans les locaux de l'ancien lavoir municipal mis à disposition de l'association par la Ville de DIJON.
- En 1965 La Ville de DIJON concède à la SDAT les travaux d'inhumation et d'entretien au cimetière des Péjoces.
- En 1976 la professionnalisation
Le Foyer de la Manutention bénéficie pour la première fois d'un financement public sous forme d'un "Prix de journée" versé par la DDASS.
- En 1978, création de Sadi Carnot
Parallèlement, et pour mieux cibler les publics, la SDAT crée d’autres associations et les accompagne dans leurs débuts entre 1952 et 1977
- 1952 : Fondation de l’Association Dijonnaise d’Entraide des Familles Ouvrières (ADEFO)
- 1970 : Création de l’Association Le Renouveau. Forte implication de la SDAT, notamment financière.
1980-2018 : L'essor de la SDAT : de nouvelles structures voient le jour
Durant les années 80, répondant à diverses mesures et dispositifs mis en place par l’Etat, l’association développe ses activités en créant plusieurs structures nouvelles :
- en 1986, ouverture du Restaurant Populaire en période hivernale ; ce service offre des repas peu onéreux ou gratuits dans certains cas ; c’est le point de départ de l’Accueil de Jour
- en 1993 : création du Centre d’Aide à l’Insertion spécialisé dans l’accueil et l’accompagnement des personnes asociales ; ouverture d’une Antenne d’Accueil Médical pour assurer les premiers soins et proposer une orientation médicale aux personnes les plus démunies
- A compter des années 2000, création et développement de l’activité médico-sociale avec l’ouverture de la Maison d’Accueil pour Personnes Âgées Marginalisées (MAPAM) avec une capacité de 30 places, les Lits Haltes Soins Santé (LHSS), les Appartements de Coordination Thérapeutique (ACT) et les Pensions de Familles (PF).
De 2020 à nos jours : Un nouvel élan
- En 2020 : réorganisation fonctionnelle qui aboutit à la création de 2 directions :
- Direction de l’insertion professionnelle (SDAT Entreprise) avec des ateliers chantier d’insertion et des ateliers de remobilisation où on peut retrouver le travail du bois entre autres activités
- Direction de l’insertion sociale constituée de deux pôles : le pôle accompagnement dans le logement et le pôle accueil hébergement insertion.
- Juin 2020: une nouvelle gouvernance qui veut dynamiser et moderniser l’association
- En 2021: écriture d’un nouveau projet associatif 2021-2026 avec un territoire de marques et une nouvelle identité graphique
- En Février 2022 : arrêté ministériel qui approuve les modifications apportées au titre et aux statuts de l’association reconnue d’utilité publique par décret du 13 Août 1906 et qui prend le nom de SDAT Solidarité, Dignité, Accompagnements, Travail
Pour fêter cet anniversaire, la SDAT a organisé une matinée institutionnelle qui s’est déroulée à l’Ecrin à Talant. 3 temps ont jalonné cette matinée :
1 - « La SDAT : hier, aujourd’hui et demain » :
Martine GIRARD, présidente de la SDAT, Antoine HOAREAU, adjoint au maire délégué aux Solidarités, à l’Action sociale et à la Lutte contre la pauvreté, Emmanuelle COINT, présidente de la commission Solidarité au Conseil départemental de la Côte-d’Or, Didier MARTIN, Député de la 1 ère circonscription de Côte d’Or et membre de la commission des affaires sociales à l’Assemblée Nationale, Benoit BORDAT, Député de la 2 ème circonscription de Côte d’Or et Nicolas NIBOUREL, DDETS représentant Monsieur le Préfet de la région Bourgogne Franche-Comté et préfet de la Côte-d’Or, ont témoigné de la place de la SDAT et de son avenir.
2 - Une table ronde dédiée à "La construction d’un parcours singulier face aux politiques publiques sectorisées Quelle évolution pour l’accompagnement global individualisé" ?
Avec la participation de Nathalie LATOUR, directrice de la Fédération des Acteurs de la Solidarité (FAS), Manuel HENNIN, directeur de la mission Accompagnement, Parcours et Accès au logement de la Dihal, Jean-Philippe HORREARD, commissaire à la Lutte contre la pauvreté, et Evanne JEANNE-ROSE, membre du Conseil Économique, Social et Environnemental (Cese).
3 - Conclusion par Jean-Louis LAVILLE, sociologue et économiste, auteur de plusieurs ouvrages dont Pour un travail social indiscipliné.
Patrice BOUILLOT, journaliste, a assuré l’animation de cette matinée.
Après cette matinée de travail, les participants ont été conviés à un cocktail déjeunatoire animé par un trio jazz composé de Francis PERDREAU à la contrebasse, Antonin NEEL au piano et Jérôme ROUBEAU à la batterie.
Les invités ont pu découvrir une exposition réalisée par la SDAT qui a mis en valeur les bénéficiaires et les salariés de l’association et admiré une réalisation « anamorphose » entièrement réalisée par les bénéficiaires des 4 ateliers de remobilisation par l’Activité (ARA) de Arnay-le-Duc, Beaune, Dijon et Seurre.
Un livret intitulé « Destins singuliers » a été réalisé à cette occasion et a été remis à chaque participant.





