Sur les voies, un sanglier peut en cacher un autre

20 mars 2026

Il existe des métiers atypiques comme celui de Gérard Lhomme. Au sein de SNCF Réseau Bourgogne-Franche-Comté, il sillonne la région avec une mission claire : sauvegarder la faune sauvage tout autant que le réseau ferroviaire dit classique. Régulateur préventeur de la faune, il s’impose comme un fin observateur de l’environnement.

Bottes aux pieds, Gérard Lhomme marche 10 à 15 kilomètres par jour pendant ses tournées dans toute la région. Régulateur préventeur de la faune pour SNCF Réseau Bourgogne-Franche-Comté depuis 2020, il a été le premier en France dédié à la surveillance des lignes classiques, tandis que les lignes à grande vitesse disposent déjà d’un tel collaborateur, qui vient renforcer la présence d’un grillage de sécurité sur leur tracé. Les lignes restent volontairement accessibles pour ne pas couper les corridors écologiques. 

Aujourd'hui de passage à Villers-les-Pots, en Côte-d'Or, aux abords des voies de la ligne Dijon–Dole–Besançon, Gérard Lhomme regarde si les animaux fréquentent encore les lieux. « Sur le terrain, j’observe ce qui entoure les voies. Je vérifie s’il y a des coulées qui traduiraient des passages répétés mais aussi si les rails sont salis par la terre, signe que des animaux ont traversé. »A la façon d’un éclaireur apache, il examine les traces laissés par les bêtes.

Gérard Lhomme a repéré un passage fréquenté par les animaux ©Nadège Hubert

Quand il soupçonne qu’une compagnie de sangliers ou des chevreuils visitent souvent les lieux, il installe un piège photo portant à 30 mètres. « Je pourrais identifier les espèces, leur nombre et la fréquence de passage. Si c’est récurrent, j’installe un système d’avertissement sonore. » Coup de fusil, chien qui aboie, hélicoptère, train, sirène de police… Les bruits varient pour que les animaux ne s’y accoutument pas. Un autre système consiste, lui, à déclencher un pétard quand la faune approche. « Surpris, les animaux font marche arrière ou alors ils se dépêchent de traverser. En tout cas, ils ne stationnent pas sur les voies. » Même si en 2025 SNCF Réseau a enregistré environ 300 incidents avec la faune sauvage dans la région, impactant près de 800 trains, ce chiffre est à la baisse depuis que Gérard Lhomme remplit sa mission. « Les retards et incidents ont diminué alors qu’on constate l’augmentation de la population de sangliers. Ailleurs en France, au cours des cinq dernières années, ces incidents ont crû de 60 % », précise Aurélie Clauzel, responsable communication. Chaque fois qu’un train entre en collision avec un animal, le gestionnaire d’infrastructures ferroviaires engage de lourdes dépenses, que ce soit pour réparer le matériel endommagé ou pour dédommager les voyageurs qui subissent un retard.

Les lignes classiques ne bénéficient pas du grillage de sécurité pour ne pas couper les corridors écologiques ©Nadège Hubert Gérard Lhomme indique le système d'avertissement sonore ©Nadège Hubert

Investir pour la sécurité des bêtes et des hommes

En plus de la présence de Gérard Lhomme, qui inspecte également les bosquets pour déloger ceux qui y seraient installés, SNCF Réseau BFC a engagé 2,5 millions d’euros d’investissement au cours des cinq dernières années. L’entreprise prévoit également de débloquer 900 000 euros en 2026 pour mettre en place un plan faune visant à protéger la ligne à grande vitesse à proximité d’Aisy-sur-Armançon, au nord de Montbard. Pour ce faire, le gestionnaire déploiera un septième système de Strail Grid. Ce dispositif au sol, conçu à partir de pneus recyclés, se compose d’éléments en caoutchouc de différentes tailles et formes sur lesquels les ongulés n’apprécient pas particulièrement de poser les pattes. « L’objectif est de les empêcher de rentrer dans une zone étanche, c’est-à-dire fermée par du grillage, qui bloquerait complètement l’animal. Ce système anti-intrusion vise à protéger la faune. Il a fait ses preuves. »

Système Strail Grid de SNCF Reseau ©Nadège Hubert

La mission de Gérard Lhomme consiste également à surveiller la flore à proximité des voies pour que les bosquets, haies et autres buissons susceptibles d’abriter des animaux, ne se développent pas. Quand il en repère, le régulateur préventeur alerte les équipes de maintenance qui interviennent pour élaguer ce qui doit l’être. « Je participe aussi aux battues administratives afin de protéger les animaux mais aussi les hommes du risque ferroviaire. » Malheureusement, tant que les accidents continuent d’arriver, vêtu de sa combinaison orange et de son casque, Gérard Lhomme reste celui qui a la charge d’évacuer la carcasse pour que le trafic reprenne sereinement. À sa façon, il travaille au cœur des territoires pour en protéger toutes ses composantes.

Nadège Hubert

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *