Infrastructures en danger, la FRTP tire le signal d'alarme

09 septembre 2026

Nouveau président de la FRTP de Bourgogne-Franche-Comté, Frédéric Bonnefoy alerte sur la nécessité d’entretenir les infrastructures et le patrimoine technique, délaissés depuis trop longtemps par les collectivités. Si réagir face à cette problématique lui apparait comme essentiel, il met en lumière d’autres sujets de préoccupations pour la profession des travaux publics.

« Quand Vincent m’a proposé de prendre la suite, j’ai accepté et j’ai été élu » résume Frédéric Bonnefoy, président de la FRTP Bourgogne-Franche-Comté, qui succède à Vincent Martin, à ce poste depuis neuf ans. « Il a mis la fédération sur de bons rails, nous sommes l’une des seules régions à afficher une unité globale et je travaille dans la continuité. » Comme son prédécesseur, Frédéric Bonnefoy dirige une entreprise familiale et indépendante. Les adhérents ont manifesté leur souhait pour un profil semblable à celui de Vincent Martin. « Pour autant, nous travaillons en bonne intelligence avec les groupes nationaux. » Passionné par son métier, c’est cette passion qui l’a poussé à prendre le relais, mais aussi une motivation forte à faire bouger les lignes. « Il faut s’impliquer pour défendre la profession. »

Et Frédéric Bonnefoy entend commencer par appuyer sur la nécessité de sensibiliser les collectivités locales au besoin d’investir pour maintenir en état les infrastructures telles que la voirie et les réseaux ainsi que tout le patrimoine associé. « Nous devons décider ce que l’on veut pour notre pays. Depuis 20 ans, les infrastructures n’ont pas été entretenues et il y a une dégradation des infrastructures de manière exponentielle qui impacte l’attractivité des territoires, leur réindustrialisation. » Frédéric Bonnefoy estime que sans route, sans réseau fibré, sans défense incendie, un réseau d’eau fluide, il devient difficile de faire venir des habitants ou des entreprises. À la décharge des élus locaux, certaines dégradations ne sont pas visibles au premier coup d’œil. Une route, par exemple, a une durée de vie de 10 à 20 ans, et les problèmes apparaissent d’abord en sous-sol, loin des yeux. « Mais quand le nid de poule arrive, ça coûte plus cher à réparer, d’avoir attendu que d’avoir entretenu. » Ces sous-investissements représentent la dette grise que les territoires accumulent année après année.

Trouver des solutions

Consciente que les moyens financiers ne sont pas au rendez-vous, la FRTP planche sur des solutions afin de répondre à l’urgence de cet indispensable entretien. « C’est une question de survie dont les élus doivent prendre conscience pour continuer à investir en attendant d’autres solutions. » Frédéric Bonnefoy aimerait que l’argent public soit fléché sur ces investissements mais considère que les infrastructures doivent aussi s’autofinancer. « Je pense à ce maire du Jura qui a multiplié le prix de l’eau par sept, ce qui a permis de diviser par deux la consommation. Les gens ne gaspillent plus. Je crois aussi que la route doit payer la route » enchaîne-t-il, faisant notamment allusion aux « routiers étrangers qui contribuent à l’usure des routes françaises, financées par les habitants, sans payer un centime. » Pour garantir une équité de traitement aux transporteurs français face à la concurrence étrangère, il prône une taxe appliquée à tous et revient sur les portiques routiers un temps installés.  « Il faut une solidarité d’entretien des infrastructures routières, jusque dans les villages. Nous travaillons à une feuille de route régionale et départementale. On n’a plus le temps d’attendre au regard de la dégradation des infrastructures. »

Chantier de l'entreprise Demongeot ©GroupeRogerMartin

D’autres défis en ligne de mire

Frédéric Bonnefoy n’oublie pas les autres priorités qui impactent les travaux publics, à commencer par les carnets de commandes qui souffrent des périodes électorales. « L’activité tenait jusqu’aux municipales, mais depuis les appels d’offres se font plus rares et les commandes se dégradent. » Un climat anxiogène commence à peser sur les entreprises des TP alors que les inquiétudes entourent le projet de loi de finances et sa date effective. Une situation alourdie par les délais de paiement qui mettent des dizaines d’entreprises de la région dans une situation précaire. « Elles sont au bord du gouffre. Elles paient leurs salariés et leurs fournisseurs quand elles ne sont pas payées en temps et en heure. Là encore, il y a urgence à ne pas attendre les liquidations, le chômage qui en suivra. Ce sera trop tard. » Trop tard aussi quand les compétences viendront à manquer si le nombre de jeunes en formation continue à diminuer. « Les effectifs dans notre école sont passés de 500 à 420. » Autant de sujets que Frédéric Bonnefoy veut mettre sous le feu des projecteurs et rappelle que d’autres professions doivent être également considérées, à commencer par les maitrises d’œuvre, « un maillon important, un savoir-faire en ingénierie pure qui ne doit pas disparaitre. »

À chacun son job

Les élus ont de nombreux rôles à jouer sur l’ensemble de ces problématiques qui viennent s’ajouter aux missions qui leur incombent au quotidien, comme engager leur territoire dans la transition énergétique et climatique. Pour autant, Frédéric Bonnefoy invite chacun à « rester à sa place ». Si grâce à l’association Ecorce TP, les collectivités peuvent trouver des réponses aux enjeux de construction durable, le président de la FRTP rappelle que les équipes techniques doivent garder la gestion du projet. « Un politique qui impose une technique ou un matériau pour pouvoir communiquer peut conduire à réaliser un projet incohérent qui ne serait pas adapté. Les experts sont là pour appliquer la volonté des politiques mais en intégrant les contraintes. Ecorce TP est l’outil pour le faire. »

Nadège Hubert

 

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