Vendredi dernier avait lieu à Dijon la traditionnelle journée des maires organisée par le Conseil général. L'occasion pour son président de prévenir les élus des bouleversements à venir du fait de la réforme territoriale décidée par le gouvernement. François Sauvadet a également commenté les résultats de l'enquête menée auprès des côtes-d'oriens et fixé les orientations de l’institution dans les mois à venir.
Décidément, l'enquête menée par le conseil général auprès des côtes-d'oriens et ses plus de 10 000 réponses auront fourni au Département du grain à moudre. Et d'abord, permis à l'exécutif de fixer les orientations pour les mois à venir avec l'appui tacite des premiers concernés.
Ces orientations tiennent en peu de mots : dorénavant – et compte tenu des finances largement revues à la baisse du fait de la conjoncture - le conseil général se concentrera uniquement sur ses compétences. La solidarité, avec le soutien aux personnes âgées, à l'enfance en danger, au handicap, aux personnes en difficulté « nous comptons dorénavant 100 allocataires supplémentaires du RSA chaque mois » a rappelé François Sauvadet, aux collèges (aucune fermeture des collèges y compris en milieu rural). Ce qui a également permis au président du conseil général de Côte-d’Or de rappeler qu'en matière d'aménagement du territoire, « il n'y a pas de fatalité à abandonner le rural » : le soutien aux communes pour leurs projets locaux et le déploiement de la fibre optique afin de résorber la fracture numérique entre les villes et la campagne sont plus que jamais à l'ordre du jour.
Mais il était dit que cette journée dédiée aux maires, traditionnellement plutôt conviviale, aurait cette année une tonalité plus grave puisque François Sauvadet s'est longuement attardé sur les bouleversements à venir après le vote, mi-mai, de la loi sur la réforme des scrutins locaux (communément dénommée réforme territoriale). Outre le redéploiement des cantons (la Côte-d'Or passera des 44 cantons actuels à 22), c'est le binôme homme/femme élu à la majorité mais dont les membres exerceront indépendamment leurs mandats qui fait grincer les dents.
« Une commune est un être vivant »
L'occasion était trop belle pour la laisser échapper et François Sauvadet avait fait appel à un fin connaisseur de la loi, le professeur Patrice Raymond (responsable du Master finances des collectivités locales et des regroupements à l'Ub) pour en expliquer les subtilités. C'est donc avec la verve et la précision ironique de l'universitaire que Patrice Raymond (par ailleurs adjoint à la mairie de Chaignay) a mené une véritable charge contre la loi, « loi de transition entre la restructuration totale des collectivités territoriales et une ère nouvelle a-t-il tonné. Il ne manquait plus que la légitimité du suffrage pour ce système en totale mutation. » Outre la logique uniquement comptable mise en œuvre, Patrice Raymond a fustigé dans le redéploiement des cantons la rupture « avec une mémoire » des lieux, des affects et une politisation qui va à l'encontre des principes de gouvernance dans un conseil municipal de toutes petites communes, plutôt basé « sur le bon sens » que sur la couleur politique de chacun. « La permanence des mots – on continuera effectivement à parler de cantons, par exemple, NDLR – ne doit pas cacher la rupture, a conclu l'universitaire. On nous oblige à appliquer des ratios qui ne s'appliquent que sur de la mécanique : or une commune est un organisme, un être vivant. Doit-on pour autant se résigner ? Non. On nous contraint à nous adapter, nous serons au rendez-vous. » Salve d'applaudissements dans le public.
Une chanson solidaire
La fin de la journée a été davantage conforme à la tradition lors de la réception, à la Cité Berger, des élus : ambiance conviviale, buffet imposant et un instant d'émotion avec l'entrée des membres du conseil général junior, porteurs des bannières des cantons côte-d'oriens (geste symbolique dont chacun a pu mesurer la portée) qui ont interprété une chanson sur un thème qu'ils avaient choisi : la solidarité. Encadrés par Mario Barravecchia (voir encadré) qui a assuré la direction artistique du projet, les adolescents se sont taillés un franc succès et connu leur premier rappel.