Réunis en faveur de l'eau

02 décembre 2025

Face à l’enjeu vital de la préservation et la protection de la ressource en eau, l’État, par l’intermédiaire du préfet de région, a organisé une conférence départementale dédiée. Quantité, qualité mais aussi gouvernance autour de l’eau ont ainsi été mises en lumière.

« La préservation et la protection de la ressource en eau sont un enjeu vital dont l’importance est accentuée par les conséquences du changement climatique » a introduit Paul Mourier, préfet de la région Bourgogne-Franche-Comté, qui avait réuni les élus locaux et acteurs de l’eau à l’occasion d’une conférence départementale. L’État engage ainsi une démarche de construction partagée d’une vision départementale de l’eau.

Pour poser le contexte, 266 kilomètres de voies fluviales irriguent notre département, situé en tête de trois grands bassins hydrographiques, caractérisé par des sols karstiques avec une faible capacité de rétention.

Paul Mourier, préfet de région ©Nadège Hubert

Assez d’eau à l’avenir ?

« Sur le plan quantitatif, les besoins augmentent et les équilibres deviennent plus fragiles. Les prélèvements pour l’eau potable représentent désormais 84 % des volumes prélevés dans notre département, si l’on exclut les canaux, les eaux turbinées et les usages énergétiques. C’est une proportion considérable, qui montre à quel point nos réseaux et nos usages doivent évoluer » a souligné le préfet alors que la première séquence des échanges portait sur la vulnérabilité de la ressource quant à la baisse des volumes.

À ce titre, Yves Richard, professeur des universités, responsable du master changement climatique adaptation territoire, a expliqué que la Côte-d’Or est à l’unisson de la région. En Bourgogne-Franche-Comté, si les températures n’ont pas changé jusqu’en 1987, leur augmentation accélère depuis. En parallèle, le volume des précipitations reste stable, avec une répartition identique au fil des ans, en hiver et en été. Pourtant, un problème s’est fait jour. « Les températures ont augmenté de 2 degrés et devraient atteindre jusqu’à 3,3 degrés en plus d’ici 2050 et plus 4,8 degrés en 2100. Ce phénomène entraine une hausse de l’évaporation. » Ce sont ainsi 100 millimètres en plus absorbés par l’atmosphère, autant d’eau qui ne pénètre plus les sols, les asséchant et diminuant l’humidité ambiante. « En parallèle, les cours d’eau enregistrent une diminution de 20 % des débits » complète le spécialiste, qui conclut avec un message : « Il faut adapter nos besoins à la raréfaction de la ressource. »

Yves Richard, professeur des universistés ©Nadège Hubert

Des territoires impactés

Pour mettre du concret sur ces réalités environnementales, la Commission locale de l'eau, CLEs de l’Ouche, de la Vouge et de la Tille a présenté le déséquilibre quantitatif avéré. « Nous avions des objectifs de gestion de l’eau mais ils n’ont jamais été atteints. Malgré nos efforts, nous connaissons un déficit 8 années sur 10 » a insisté Florence Zito, présidente de la CLE. Le territoire a donc réalisé une étude appuyée sur des diagnostics et des scénarios potentiels pour établir une stratégie. « Plus de 400 acteurs se sont mobilisés dans des groupes de contribution. » Après deux ans et demi de démarche, entre septembre 2022 et juillet 2025, la collectivité a adopté un plan d’actions pour la période 2025–2035 autour de six axes d’adaptation allant de la sobriété à la sensibilisation en passant par l’aménagement du territoire, la transition agricole ou encore la restauration des milieux et la conservation de l’eau. « Il faut recréer des plans d’eau ou des étangs dans chaque village du département. En plus de créer des ilots de fraicheur, ils serviront à abreuver ou irriguer. Ils pourront aussi être utilisés contre les incendies à la place de l’eau potable. Ce stockage sera alimenté par des eaux de surface » encourage Jacques de Loisy, président de la chambre d’agriculture de Côte-d’Or.

Aurélie Gonet, animatrice, Florence Zito, présidente de la CLE de la Vouge, Jacques de Loisy, président de la chambre d'agriculture de Côte- d'Or, Manuelle Dupuy directrice de la DDT Côte- d'Or ©Nadège Hubert

Quantité doit rimer avec qualité

Si la quantité pousse à en faire une préoccupation majeure, la question de la qualité de l’eau ne doit pas être négligée. Michel Lenoir, président de la CLE de la Tille et président du syndicat d’adduction et d’assainissement des eaux de Clénay et Saint-Julien, a témoigné d’un problème de dépassement des quantités de nitrate en cas de forte précipitation. « Nous avons travaillé pour réduire la concentration de nitrate et de produits phytosanitaires. » La collectivité, en collaboration avec les agriculteurs, a par exemple favorisé l’implantation de prairies sur cinq ans.

Michel Lenoir, président de la CLE de la Tille ©Nadège Hubert

De son côté, l’Epage Sequana, en nord Côte-d’Or, a participé à repenser les aménagements et mené une réflexion sur les terres cultivées, sur de la remise en herbe, l’installation de haies et l’aménagement des cours d’eau.

À qui se référer ?

« Se pose le défi d’une gouvernance de l’eau. Les actions en faveur de la quantité ou de la qualité se heurtent à un véritable morcellement du nombre des acteurs et responsables de réseaux, ce qui constitue un risque majeur pour une gestion efficace et durable de la ressource » a précisé le préfet Paul Mourier. En Côte-d’Or, 112 communes se trouvent isolées pour ce qui est de la compétence eau potable sur le territoire. La communauté de communes Ouche et Montagne a présenté son schéma directeur de l’eau lancé en 2020. « Nous avons établi le détail des travaux jusqu’en 2032 sur les remplacements nécessaires » a expliqué Jean-Pierre Perrot, vice-président de la communauté de communes. Si la nécessité n’échappe pas aux élus du territoire, ils se confrontent à une barrière financière. « L’investissement est estimé à 9 millions d’euros entre 2024 et 2028. Il faut réévaluer le prix de l’eau pour financer ce programme. »

« Le prix de l’eau doit être à son juste prix. » Martine Eap-Dupin, présidente du SESAM, le syndicat des eaux et de services Auxois-Morvan, a insisté sur le coût des travaux à engager pour préserver la ressource. « Nous investissons 4,5 millions d’euros pour construire une usine de production. Nous réglons un problème immédiat mais aussi anticipons l’avenir grâce à des modèles prédictifs et luttons contre les microfuites grâce à la technologie. » La collectivité étudie le vieillissement des canalisations. « Nous devons trouver un modèle économique de l’eau, un travail à mener ensemble pour y arriver » a insisté François Sauvadet, président du Conseil départemental. « Nous sommes à un tournant décisif mais face à un mur d’endettement, de dépenses, de responsabilités. »  La question de l’eau réunit toutes les strates de la population : citoyens, associations, industriels, agriculteurs, collectivités… « Retrouvons le chemin du bon sens. Nous avons besoin d’avancer avec une vision pragmatique. »

Denis Bruel, secrétaire général de la préfecture de Côte-d'Or, Martine Eap-Dupin, présidente du SESAM et Jean-Pierre Perrot, vice-président de la comm comm Ouche et Montagne ©Nadège Hubert

Longtemps financeurs des agences de l’eau sans avoir la compétence, responsables d’outils comme le laboratoire départemental pour les analyses, les départements peuvent désormais être acteurs du sujet. « Sur le sujet de la gouvernance, je suis prêt à endetter le département pour avoir de l’eau pour chaque habitant » a-t-il insisté.

Le président du Département a également rappelé que sa collectivité mène actuellement une démarche de création de deux Syndicats Mixtes : Un pour la mise en production et la distribution aux membres de la ressource de la boucle des Maillys et un autre pour la mise en production et la distribution aux membres de la ressource constituée par le réservoir de Grosbois.

 

Tous les intervenants et élus présents semblent d’accord pour placer l’eau en préoccupation majeure, mais il reste à trouver le moyen de s’accorder pour que la gestion de l’eau finisse par couler de source !

François Sauvadet, président du conseil départemental ©Conseil Départemental

Nadège Hubert

 

 

 

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