Une Côte-d’Or sans agriculteurs

20 février 2024

Imaginez un village entouré de friches, d’herbes sèches, privé de vaches qui paissent dans les prés et de moutons qui viennent agrémenter les prés. Imaginez la célèbre côte des vins sans ses couleurs chatoyantes d’automne… Le rôle et la contribution apportée par les agriculteurs à la société dépassent la simple production alimentaire à laquelle ils œuvrent pourtant au quotidien.

« Que deviendraient les paysages sans les agriculteurs ? » Au cours du salon des opportunités qui se tenait à Talant, François Sauvadet, président du Conseil départemental, en posant cette question, a affiché une nouvelle fois son soutien au monde agricole. Alors que la grogne des agriculteurs n’est pas encore apaisée, il a notamment rappelé leur rôle essentiel, d’abord en tant que producteurs et fournisseurs d’une alimentation de qualité. Le secteur primaire remplit en effet une fonction primordiale qui consiste à nourrir la population. Un besoin vital difficile à assouvir sans les agriculteurs.

En Bourgogne Franche-Comté, la Côte-d’Or se place deuxième en nombre d’exploitations agricoles avec 17%, derrière la Saône-et-Loire qui en concentre un quart à elle seule. Si la Côte-d’Or est un département réputé rural, le nombre d’exploitants a largement diminué au fil des ans. Alors que 4 713 exploitations parsemaient le département en 2016, dont 1 258 spécialisées dans la vigne. Elles n’étaient plus que 4 100 en 2020. En dix ans, la Côte-d’Or a perdu 15% de ses exploitants. Pourtant, « 50% de la population du département ne vit pas en ville » rappelle François Sauvadet, attaché au modèle familial agricole territorial. « La Côte-d’Or est le fruit d’une longue histoire, une petite France agricole dont nous sommes les héritiers. »


© Rozenn KREBEL / Côte-d'Or Attractivité

 

Une main tendue

Jour après jour, le monde rural s’est mis au service de la population. « Les agriculteurs ont toujours trouvé normal de rendre service » estime Vincent Lavier, président de la chambre d’agriculture de Côte-d’Or. Quand une voiture finie dans le bas-côté, qui intervient, sans frais, avant même l’appel à un dépanneur pour prêter main forte aux automobilistes ? « Certains ne savent pas comment nous remercier mais d’autres ne descendent même pas du véhicule et ne nous adressent même pas un signe de la main » regrette l’agriculteur. Au moment des fêtes de fin d’année, qui met son matériel à disposition pour accrocher les guirlandes en hauteur ? Alors que le changement climatique multiplie les épisodes de sécheresse et avec eux, les risques d’incendie, quelle profession intervient parfois même avant les pompiers pour créer des coupe-feux qui protègent les cultures autant que les habitations ? Chaque fois qu’un randonneur empreinte un chemin agricole, à qui doit-il qu’il soit en bon état ? Actifs dans leur commune, membre des conseils municipaux, souvent disponibles pour aider sans attendre d’autres gratifications qu’un remerciement, les agriculteurs participent de façon encore plus voyante aux paysages de nos campagnes.


© Rozenn KREBEL / Côte-d'Or Attractivité

Si jolis paysages de campagne

« S’il n’y avait plus d’agriculture, la société et les politiques publiques n’auraient pas les moyens de payer l’entretien des paysages » explique Vincent Lavier. Pour le président de la chambre d’agriculture départemental, plus les territoires sont reculés et moins peuplés, plus l’agriculture pèse sur l’écosystème et porte parfois le peu d’économies encore en place. A leur manière, ces professionnels participent aussi de l’attractivité touristique. Le département ne doit-il pas son nom aux vignes qui l’habillent ? Quel charme auraient les campagnes sans le doré des champs de blé ou les couleurs des tournesols pendant l’été ? Le champ de moutarde, en plus de participer à la notoriété locale, s’avère plus esthétique qu’une étendue non entretenue. « Partout où il y a de la déprise agricole, on obtient des friches » complète François Sauvadet. Pour éviter de perdre des exploitants et les soutenir dans leur production, le Département a notamment mis en place la marque 100% Côte-d’Or, espérant mobiliser les habitants dans la démarche. « Les consommateurs doivent être conscients qu’ils peuvent soutenir l’emploi en Côte-d’Or. »


© Rozenn KREBEL / Côte-d'Or Attractivité

 

Trouver un plan B

En manque de reconnaissance et confrontés à un fragile équilibre financier malgré leur travail réalisé avec passion et abnégation, les agriculteurs trouvent de nouvelles sources de financement. Dans les années 80 et 90, nombre d’entre eux étaient rémunérés par le Département pour déneiger les routes. Dérèglement climatique oblige, ils trouvent de nouvelles pistes. « Les panneaux photovoltaïques pour produire de l’énergie, le commerce de fourrage… D’autres utilisent leurs compétences en bricolage retaper des appartements avant de les louer. » Vincent Lavier met ainsi l’accent sur l’enjeu immobilier des territoires ruraux, où des bâtisses ne demandent qu’à être restaurées pour trouver une nouvelle vie et participer de l’attractivité local et du maintien du patrimoine rural. Encore une mission que le monde agricole réalise et qui participe de l’intérêt du plus grand nombre.


© Rozenn KREBEL / Côte-d'Or Attractivité

Nadège Hubert

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