A Grignon on ne reste pas les pieds dans la bouse, on méthanise !

A Grignon on ne reste pas les pieds dans la bouse, on méthanise !

Info+ :

L'EARL FERCOQ, est une exploitation agricole à responsabilité limitée en activité depuis 15 ans. Localisée à GRIGNON , elle est spécialisée dans le secteur d'activité de la culture et élevage associés.

 

 

Adresse de l'exploitation et de l'unité de méthanisation

Route 119, après le pont sur le canal en sortie des Granges sous Grignon

21150 Grignon

Téléphone : 03 80 89 05 84


18 septembre 2018

Brazey-en-Plaine, Salives, Is-sur-Tille, Sussey, Grignon, 5 communes côte d’oriennes, 1 point commun, on parie sur l’énergie renouvelable, le zéro déchet et la transition écologique. La transition écologique, pas seulement un mot à la mode, mais un mode de vie pour le couple d’exploitants qui a créé à Grignon, environ 203 habitants, une unité de méthanisation qui produit à la fois de l’électricité, de l’énergie thermique et du digestat. Pour Dorothée et Christophe Fercoq, c’est un pari gagné et gagnant à la veille de la signature en Côte d’Or du premier contrat de transition écologique sur le territoire national. Dossier, dont Joel Bourgeot, sous-préfet de l’arrondissement de Montbard est le coordonnateur pour les services de l’Etat.

Et c’est bien un choix de vie dont il s’agit pour Dorothée et Christophe et leurs enfants, dont un se prépare à la relève.

Alors comment est né ce projet ? A la tête d’un cheptel d’une centaine de vaches laitières, les deux agriculteurs ont choisi le bio ! Une centaine de bêtes qui vivent leur vie, se baladent, pâturent et gambadent dans les champs ou restent en stabulation comme bon leur semble. Le taureau est à demeure au milieu des femelles et les veaux pointent donc le nez au petit bonheur la chance dans l’année. Bref une vie de rêve pour des vaches laitières Prim’Holstein aux petits oignons dans une exploitation de 160 hectares absolument nickel !

En 2009, c’est l’avant-dernière crise laitière connue par Dorothée et Christophe. Ils cherchent alors un revenu supplémentaire pour faire face aux récurrentes chutes du prix du lait. L’idée est née et on va vers la diversification et la production d’énergie. En 2012, c’est un voyage en Allemagne, leader de la méthanisation agricole en Europe, qui fixe l’idée de nos deux éleveurs …

Ils produiront de l’énergie avec les bouses de leurs vaches !

Tout d’abord ce fut un passage en bio sans douleur, puisque l’exploitation laitière a toujours plus ou moins fonctionné de cette manière, les antibiotiques et autres compléments ayant été supprimés depuis longtemps. Le bio c’était une évidence, un choix pour la famille, pour la planète et un choix économique, le lait étant réénuméré environ 30% de plus que sur une exploitation en conventionnel. Puis vint la création de l’unité de méthanisation.

Ce sont donc deux projets liés dont la globalité a nécessité 9 ans pour se concrétiser qui vont changer la vie des deux exploitants, dans une démarche écologique qui leur colle à la peau. En 2016 il aura fallu seulement deux mois pour construire les deux grosses cuves du méthaniseur et 2 février 2017 les turbines étaient mises en route.

Alors la méthanisation c’est quoi, comment ça marche et est-ce que ça rapporte ?

Christophe Fercoq explique, non sans humour, qu’un méthaniseur ce n’est ni plus ni moins qu’un énorme estomac suivi d’un intestin le tout digèrant ce qu’on lui donne à manger, avec ses étapes de mastication, de fermentation et d’expulsion. Et rien ne se perd puisque le digestat sert ensuite d’engrais naturel.  Avec ses deux silos, l'un vert, l'autre blanc, pilotés par ordinateur à tous les stades du processus, l'unité produit l'équivalent des besoins annuels de 120 foyers. L'électricité est vendue à EDF 21 centimes d'euros le kilowatt-heure. Un prix d'achat garantis sur 20 ans par Électricité De France.  

Plus techniquement, le modèle créé par la famille Fercoq est unique en France. Il y a donc une voie liquide infiniment mélangée d’une puissance de 140 kWc, dotée de deux turbines à gaz et non d’un co-générateur (c’est ça la première en France). Dans le local technique situé entre les deux énormes cuves, c'est un système appelé digester qui, comme son nom l'indique, digère les substances qui lui sont confiées. Le digesteur va recevoir 6500 tonnes de produits chaque année soit 3500 tonnes de lisier, 2200 tonnes de fumier, 300 tonnes de paille déclassée et 500 tonnes de cultures intermédiaires. Les déchets agricoles sont transformés à l'issue du processus en digestat, qui est une sorte de compost. La totalité de la matière première vient de l’exploitation à l’exception d’un peu de paille.

L’incorporation d’effluents d’élevage, représentant plus de 60% des apports annuels, génère un bonus économique important puisqu’il ne nécessite aucun achat. Seule une partie de la paille déclassée, achetée à moindres coûts ou de la menue paille engendre une dépense… Les éleveurs recherchent à faire un contrat avec un céréalier, donc si vous vous reconnaissez, n’hésitez pas à contacter la famille Fercoq…

Les effluents sont stockés dans une grande cuve hermétique chauffée à 40 degrés. La fermentation qui se produit permet de produire du méthane. Le méthane est récupéré dans un compresseur. Et une turbine le transforme en électricité. Et l'installation devient rentable à raison de 15 à 18 mille euros par mois d'électricité. En agriculture biologique, le facteur limitant est souvent l’azote. Ce problème est pratiquement réglé. Il n’y a aucune perte d’azote avec le digestat qui produit sept unités d’azote au mètre cube. Plus de la moitié de l’azote est assimilable par la plante dans les quinze jours après l’épandage ce qui est très intéressant.

Comment transformer le méthane en électricité ? C'est une cuve de 1600 M3 dotée d’une membrane étanche qui permet de récupérer le méthane pour ensuite le transformer de l'autre côté en électricité ! L’électricité produite est achetée par ERDF à un prix avoisinant 22 centimes le kilowattheure. Un revenu d’environ 30 000 euros annuels est espéré par le couple d’agriculteurs. L’investissement total se chiffre à 1,2 million d’euros, pour un retour sur investissement de sept ans. Automatisé, le système nécessitera moins d’une heure de travail par jour. L’installation est financée à 40% par des aides grâce au soutien technique de l’ADEME. Le reliquat représente un emprunt sur 15 ans pour Dorothée et Christophe Fercoq.

Rien ne se perd ? Si un peu de chaleur ! Il y a eu des projets de récupérations de la chaleur produite avec monsieur le maire de Grignon, Bernard Hanson très partie prenante dans cette aventure et qui n’a jamais lâché ses deux administrés et leurs 5 enfants dans ce projet. Si la chaleur issue de cette unité de méthanisation n’est pas encore valorisée, cela ne saurait tarder, même si le projet de chauffage reste assez complexe.  Une première idée s’est intéressée au chauffage d’une dizaine de maisons du village de Grignon durant la partie hivernale.

Pour le moment, une habitation est chauffée, le reste de la chaleur est destinée au fonctionnement du digesteur. Une « piste estivale » concerne un projet de séchoir de fourrages. « Il y a des chances que nous nous lancions dans cette orientation l’an prochain. Le but sera de récolter de meilleurs produits en bio pour alimenter notre troupeau bio lui aussi. Je pense tout particulièrement à la luzerne et au foin…

Le fait d'être passé en bio a permis de revaloriser le prix de notre lait et le méthaniseur, lui, de lisser nos revenus …On n'y arrive pas tout à fait encore, mais disons que cela fait deux entreprises l'une à côté de l'autre. L'une se porte bien, c'est la méthanisation, et l'autre peine encore un petit peu, c’est l’exploitation » explique les époux Fercoq, fiers de leur engagement pour leur famille mais aussi pour une planète qu’ils souhaitent laisser le plus propre possible à leurs enfants.

Pour Bernard Hanson, soutien de la première heure, il reste une certaine stupeur émanant des réactions des habitants qui craignent à peu près tout et n’importe quoi au sujet d’une unité de m’méthanisation qui n’émet pourtant aucune odeur, aucun rejet toxique, aucune nuisance sonore… Une sorte de parti pris contre la nouveauté pour des administrés qui n’ont pas répondu à l’invitation qui leur a été faite au mois d’avril de visiter l’ensemble du site ! Un maire engagé pour la transition écologique de son territoire communal avec un projet éolien qui, pour le moment, ne rencontre aucune adversité des habitants, bien au contraire.

Joël Bourgeot salue cette installation et le courage des Fercoq. Le projet qu'ils ont mené à bien n'est d'ailleurs pas le seul en Côte-d'Or. La Côte-d'Or est effectivement un département porteur sur ce type de projets. Puisqu'il y a 9 méthaniseurs sur le département, 7 sur des exploitations agricoles et 2 sur des sites industriels. Monsieur le sous-préfet se félicite de cette dynamique et rappelle que le gouvernement actuel souhaite que nous allions dans ce sens. C'est pour cela que le premier contrat de transition écologique sera signé prochainement sur la Haute-Côte-d'Or sera le premier au niveau national.  

 

Crédit photos tous droits réservés Marie Quiquemelle

 

m.quiquemelle@echodescommunes.com

 

 

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