Fraîchement élus de la vague LREM ou réélu LR, les députés ont répondu à l’invitation de l’Association des Maires de Côte-d’Or, dont environ deux cents étaient présents. Objectif de la rencontre : faire connaître aux députés les attentes des maires et leur positionnement face aux mesures envisagées par l’État pour le bloc communal et entendre les positions des députés sur le sujet. Sur les grands thèmes (fiscalité, dotation, compétences...), les échanges ont été courtois mais parfois fermes. La salle à usages multiples de Brétigny qui accueillait tout ce beau monde s’en souviendra sûrement...
C’est un Ludovic Rochette buvant du petit-lait qui a pris la parole devant l’assemblée des maires venus entendre les gagnants des législatives. Le président de l’AMF 21, après les félicitations d’usage aux législateurs nouvellement élus, les a mis en garde : les maires et présidents de communautés de communes à qui on réplique, lorsqu’ils font part de la difficulté à mettre en oeuvre les réformes, que « c’est la loi » « ne veulent plus de lois qui compliquent l’action locale ». Rebondissant sur l’annonce du « dérapage » de 8 milliards d’€ du précédent gouvernement, Ludovic Rochette insiste : « Nous vous le disons franchement : nous n’accepterons pas de faire les frais de la mauvaise gestion de l’État. Nous, nous votons nos budgets à l’équilibre », avant de conclure « Vous êtes tous les cinq issus de collectivités, par vos mandats ou par votre profession. Ne nous trahissez pas ! »
« Une erreur anti-républicaine »
Inutile de préciser qu’une telle introduction a donné le ton. Invités à s’exprimer dans l’ordre numérique des circonscriptions, Didier Martin (LREM, 1ère crconscription) a rappelé aux maires présents que les députés « prenaient leurs marques dans un mouvement qui n’est pas un parti politique » avant de contre-attaquer : « Parler de trahison, c’est un peu malvenu. Nous venons dans une logique de dialogue, de rencontre, d’échange. Ce serait une erreur anti-républicaine que de nous opposer, nous élus, à la loi. La rengaine des maires contre l’État, ça ne va pas nous faire avancer beaucoup. » Prenant à témoin les maires présents (« Je suis un élu dijonnais, je connais vos problèmes, nous avons les mêmes »), il s’est attiré quelques réactions auxquelles il a immédiatement rétorqué sur le même ton : « L’affrontement entre Dijon et le reste des territoires… si on reste sur cette position inflexible, ça n’avancera pas. » Interpellé sur la « cure d’amaigrissement » que le président Macron a promis, Didier Martin a souligné : « L’État c’est notre responsabilité à tous. Il faut redresser la barre ! »
« 1€ dépensé en ville = 1€ dépensé à la campagne »
Dans la posture plus favorable de l’élu de l’opposition, Rémi Delatte (LR, 2ème circonscription), - fort de surcroît d’une légitimité populaire qui en fait le seul député LR de Côte-d’Or à n’avoir pas bu la tasse dans la vague LREM – a pu dérouler un plaidoyer en faveur des maires, mettant en garde contre les futurs parlementaires « hors-sol » (non-cumul des mandats oblige), rappelant combien les communes ont été « cabossées » par la loi Notré, soulignant « l’abandon de la ruralité, les moyens fléchés sur les agglomérations » (en voilà un qui n’a pas écouté son collègue Didier Martin !), « le manque de reconnaissance des élus communaux » et la « crainte de la disparition des communes qui doivent faire face à moins de dotations et non plus de compétences ». Sur le plan spécifique des finances publiques, Rémi Delatte a plaidé pour « l’inscription de la règle d’or de l’équilibre budgétaire dans la Constitution » et « un gel des baisses de dotations. Ou alors l’État se les impose aussi ! Et notre cap sera : 1€ dépensé en ville = 1€ dépensé à la campagne. » Sur la disparition annoncée de la taxe d’habitation, il a prédit l’augmentation logique des autres taxes qui vont pénaliser les propriétaires… quant à celle de la réserve parlementaire, il a rappelé que c’est pourtant grâce à elle que « 1,2 million d’€ avait pu être investi sur la circonscription ». Parions qu’on ne trouvera pas Rémi Delatte parmi les « constructifs » à l’Assemblée nationale…
« Pas le droit d’échouer »
Fadila Katthabi (LREM, 3ème circonscription) a réussi le périlleux exercice consistant à être d’accord « en même temps » avec Didier Martin et Rémi Delatte : « Il ne faut pas opposer les territoires même si les problématiques ne sont pas les mêmes en milieu rural » notamment sur l’accès aux soins, aux transports et au numérique et a elle aussi récusé le terme de trahison employé par Ludovic Rochette : « Il ne faut pas utiliser de mot comme trahir. C’est remettre en cause le choix des Français » avant de conclure : « Nous n’avons pas le droit d’échouer ».
« Le monde tel qu’on le voudrait »
Pour Yolaine de Courson (LREM, 4ème circonscription), « Macron nous met en face du monde tel qu’il est pour le rendre tel qu’on le voudrait ». Vaste programme, que la députée, jusqu’à peu maire d’Arrans (79 habitants, situé dans le montbardois) applique d’une part aux relations entre le législateur et les Français (« nous devons faire en sorte que les habitants consommateurs de l’État deviennent des citoyens »), d’autre part au monde rural. « J’ai envie qu’il retrouve son attractivité, qu’il fasse comme on dit « plus envie que pitié ». Cela passe par plus de numérique, plus de transports. Il faut de l‘innovation rurale, les mots ne sont pas contraires… »
« Etat financier lamentable »
Didier Paris (LREM, 5ème circonscription), ancien haut-fonctionnaire à Beaune apparaît plus technique ce qui semble rassurer l’auditoire. Parlant en expert sur les questions de fiscalité notamment, conscient que le « clivage urbain/rural s’est aggravé » et d’un « état financier lamentable du pays », il avance que cette lucidité affichée prouve une « vision saine de la France ». Ne reste plus qu’à se retrousser les manches !
« On a secoué le grelin »
Invités à s’exprimer, les maires et présidents des EPCI ne se sont pas faits priés… Catherine Louis (maire de Val Suzon, vice-présidente du conseil départemental) s’est indignée du ratage des rythmes scolaires, désormais laissés à la discrétion des maires. Jacques de Loisy (Hauteville les Dijon), a souligné les problèmes liés à la « sécurité, thème absent des discussions », ainsi que de ceux liés à l’entretien et à la gestion des réseaux d’eau, rejoint par Christophe Lucand (président de la communauté de communes de Gevrey-Chambertin/Nuits-saint-Georges) qui a plaidé pour « davantage de temps pour mettre en place les réformes ». Bruno Bethenod (président de l’AMFR 21, maire d’Arceau) a fustigé des lois de réforme territoriale qui sont « des lois de pouvoir et pas des lois d’aménagement du territoire », quand André Lipiello (maire d’Esarois) a carrément plaidé pour des « abattements fiscaux pour les territoires ruraux qui n’ont pas les mêmes services que les métropoles ». Dominique Grimpret (maire d’Ahuy) a lui proposé une « cooptation entre les communes » quand Pierre Poillot (maire de Vianges ) se demande comment prétendre à l’attractivité du territoire et à l’équité territoriale quand « même trouver de nouvelles lignes pour de la téléphonie fixe devient impossible ». Bref : du grain à moudre pour les législateurs sur les sièges du Palais Bourbon. « On a secoué le grelin »s’est félicité Ludovic Rochette, pas mécontent que ce rendez-vous ait pu générer une discussion vivante qui s’est largement poursuivie autour du buffet tandis qu’un maire, ni franchement convaincu par les prestations des députés, ni totalement déçu concluait : « Maintenant, on va bien voir ».
