Faire de l’agriculture une véritable cause nationale, c’est le plaidoyer sans concession de Vincent Lavier président de la Chambre d’Agriculture de Côte d’Or qui a interpelé élus, représentants de l’Etat et invités, à l’occasion de la foire de Montbard, sur la crise agricole prégnante que connaissent tous les exploitants. Une crise sans précédent qui connaît la conjonction inédite de cumuler tous les aléas en même temps, climatiques et économiques, créant une crise agricole sans précédent. Un état des lieux poignant qui n’a pas manqué de faire écho.
Allocution de Vincent Lavier le 2 septembre 2016
« La campagne 2016 restera gravée dans la mémoire de tous les viticulteurs et agriculteurs de notre département et ce pour plusieurs raisons liées notamment à la conjonction d’aléas météorologiques et des marchés. Les deux phénomènes les plus marquants sont incontestablement le gel sur les vignes et la faiblesse de la récolte de céréales. Certains exploitants de grandes cultures vont voir leur chiffre d’affaire amputé de 40 à 50%. Quand on connaît la faiblesse du revenu moyen des exploitants depuis 3 ans, il y a beaucoup de souci à se faire pour l’avenir.
En viticulture, les situations vont être très contrastées entre les exploitations. Pour ceux qui ont subi les épisodes de gel les années précédentes, le gel du 27 avril de cette année va contribuer à les fragiliser encore un peu plus. Au-delà des pertes économiques directes dans les exploitations, c’est toute l’économie gravitant autour de l’agriculture qui va subir le contre coup de ces aléas. Dans un département comme la Côte d’Or, une grande partie du territoire est très rurale et l’agriculture y porte l’essentiel de l’activité économique. Ceci est sûrement encore plus marqué dans d’autres départements comme la Haute Marne toute proche.
Il est toujours difficile de faire des estimations, mais entre réduction de production et baisse des prix on peut estimer le manque à gagner sur le chiffre d’affaire généré par l’activité agricole à 250 millions € pour l’année 2016. D’une manière générale, la résilience de nos grands systèmes d’exploitation n’est pas suffisante pour faire face à ces situations. Aujourd’hui les gens ne s’endettent plus pour investir, mais juste pour continuer à travailler sans aucune lisibilité sur l’avenir. D’autre part, la recherche d’une compétitivité toujours plus grande pour rester dans la course du libéralisme imposé par l’Europe montre ses limites.
L’agriculture française reste avant tout familiale avec, globalement, des petites structures d’exploitation et un niveau de charges élevées, éléments aujourd’hui difficilement compatibles avec le contexte économique dans lequel nous évoluons.
De deux choses l’une, soit on arrive à réinstaurer un minimum de mécanisme de régulation afin de soutenir les prix des produits pour retrouver un minimum de rentabilité, soit on continue de laisser faire le marché auquel cas l’agriculture subira le sort du textile ou de la sidérurgie, à la différence près qu’aujourd’hui les agriculteurs valorisent les espaces ruraux, entretiennent le territoire, les conséquences seraient dramatiques s’ils ne le faisaient plus.
Tout cela pour vous dire que les enjeux sont énormes et qu’il faut faire de l’agriculture une véritable cause nationale. Aujourd’hui il faut faire de véritables choix stratégiques à l’image de ce qui a été fait avec les lois d’orientation de 1960 et 1962.
Tout ce qui est mis en œuvre aujourd’hui à la fois pour essayer de faire remonter le prix des produits (porc en 2015, lait avec LACTALIS récemment) ou baisser les charges est sans commune mesure avec enjeux auxquels il faudra répondre à moyen terme. Les agriculteurs ne pourront pas s’en suffir. Ils demandent surtout un minimum de lisibilité car comment, sinon, pouvoir continuer à installer des jeunes en les laissant lourdement s’endetter sans savoir s’ils pourront dégager un euro de revenu de leur activité. »
Pour mémoire
La loi d'orientation agricole du 5 août 1960, promulguée sous le gouvernement Michel Debré a prévu notamment :
La réforme de l'enseignement agricole supérieure (l'École d'agriculture de Grignon devient ainsi l'École nationale supérieure d'agronomie de Grignon, tandis que le diplôme d'ingénieur agricole est remplacé par celui d'ingénieur agronome).
La création des Société d'aménagement foncier et d'établissement rural (SAFER ; statut codifié au livre I, titre IV du Code rural) et des groupements agricoles fonciers (GAF).
La définition de zones spéciales d'action rurale en vue de l'aménagement du territoire et fixant les investissements prioritaires (art.20).
La création du logo Label Rouge (le premier est obtenu cinq ans plus tard par les volailles des Landes et du Périgord), signe de qualité.
La loi d'orientation agricole du 16 janvier 1962 a fait l'objet d'un recours suivi d'une décision importante du Conseil constitutionnel (décision 1962-18 L du 16 janvier 19622), selon lequel « les décisions du Conseil constitutionnel s'imposent aux pouvoirs publics et à toutes les autorités administratives et juridictionnelles ; que l'autorité des décisions visées par cette disposition s'attache non seulement à leur dispositif mais aussi aux motifs qui en sont le soutien nécessaire et en constituent le fondement même. » La disposition principale est la création des associations départementales pour l'aménagement des structures des exploitations agricoles (ADASEA).



Crédit photos Marie Quiquemelle
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