Suite aux attentats sanglants commis à Paris et à Saint-Denis endeuillant la France, l’Association des Maires de France et des Présidents d’Intercommunalité a décidé d’organiser, le 18 novembre 2015, un rassemblement des maires de France pour témoigner solennellement de leur engagement pour les valeurs de la République qu’ils défendent et font vivre au quotidien. Dans un cadre d’union nationale contre le terrorisme, cette réunion exceptionnelle a permis de réaffirmer le rôle essentiel de la commune et des maires, comme premier pilier de notre démocratie, oeuvrant quotidiennement et au plus près des populations pour tisser les liens de solidarité et pour le bien vivre-ensemble.
Le congrès annuel .des maires devait se tenir à cette même date. À la demande du Gouvernement et en plein accord avec le Premier ministre, les conditions de sécurité n’étaient pas réunies pour accueillir, pendant plusieurs jours, plus de 60 000 participants à cette manifestation. Cependant chacun tenait à marquer, par cette séance solennelle la mobilisation des maires aux côté de l’Etat pour faire face à ce drame, pour tous ensemble, marquer la volonté de défendre les valeurs de la République. En 48 heures plus de 2000 maires se sont inscrits et sont venus, représentant la France dans son ensemble, le territoire métropolitain, mais aussi d’outre-mer.
Le fil rouge de la matinée, hors l’assemblée générale statutaire réduite au minimum, ont été les échanges sur la question de la laïcité » et la présentation du rapport de la commission laïcité, réalisé par Patrick Molinoz, maire de Venarey-Lès-Laumes (21), et Gilles Platret, maire de Chalon-sur-Saône (71) tous deux co-présidents du groupe de travail Laïcité de l’AMF.
Ce groupe de travail est composé de manière absolument paritaire (droite-gauche) d’une quarantaine de Maires qui ont organisé des auditions, qui ont débattu, analysé l’état du droit et de la jurisprudence mais aussi des pratiques quotidiennes dans leurs communes. Ce groupe s’est réuni près d’une douzaine de fois de janvier à mai. Le bureau de l’AMF a validé les éléments proposés fin juin et la rédaction du document présenté aujourd’hui a été affinée pendant l’été. Début juillet les pouvoirs publics ont été interrogés sur de nombreux points pour lesquelles des clarifications ou des améliorations nous semblent nécessaires. Ce vade mecum a été présenté à l’assemblée par Gilles Platret.
Patrick Molinoz a remercié les élus qui ont participé, les services de l’AMF et singulièrement Geneviève Cerf. Le vade mecum, envoyé à plus de 36 000 maires de France et aux présidents d’intercommunalité ne signe pas pour autant la fin de nos travaux qui vont se poursuivre tout au long de la mandature. De nombreux sujets tels la situation en Alsace-Moselle, les régimes particuliers des outre-mer, la question des sépultures etc… restent en effet à traiter.
Patrick Molinoz a précisé « Préalablement à la présentation, insister sur le fait que l’installation de notre groupe de travail « laïcité » a été décidée il y a tout juste un an, à l’occasion de notre dernier congrès, et donc bien avant et totalement indépendamment des attentats de janvier et bien évidemment de ceux de vendredi dernier. La Laïcité est un principe fédérateur et que sa nécessaire revitalisation n’est en rien tournée contre une confession en particulier. Notre travail est fondé sur deux convictions et une volonté.
La première conviction est que la Laïcité est consubstantielle à la République et la seconde conviction est que la compréhension de l’importance de la Laïcité s’est effacée dans l’esprit de beaucoup de nos concitoyens. La volonté c’est de rappeler que nous, Maires, fantassins de la République, nous sommes les premiers représentants, acteurs et défenseurs de la République au quotidien, et qu’à ce titre nous avons un rôle tout à fait particulier pour appliquer et mieux faire comprendre le principe de Laïcité. Parce qu’elle permet à chacun de vivre ses convictions philosophiques et religieuses, sa croyance ou sa non croyance, dans un cadre commun apaisé, la Laïcité est garante de non-discrimination, d’égalité, de liberté et de fraternité. C’est pourquoi elle a bien vocation à être universelle et c’est pourquoi, du principe à son application, les Maires de France doivent en être les gardiens vigilants. »
Vous pourrez lire, ci contre en cliquant sur la photo, l’intégralité du vade mecum.
André Laignel, 1er vice-président délégué de l’AMF, Gérard Larcherprésident du Sénat, Anne Hidalgomaire de Paris, François Baroin, président de l’AMF,- François Hollande Président de la République, se sont ensuite succédés à la tribune en séance solennelle.
Séance solennelle ouverte en début d’après midi par André Laignel qui introduira son allocuion« Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits » cela reste un viatique essentiel de notre république. Et c’est aussi la Fraternité, la fraternité que l’on a dans la culture, dans le sport. La fraternité qui ne se résume pas à la solidarité c’est aussi, bien sûr la laïcité, la laïcité dont nous avons, il y a un an, c’est-à-dire avant tout événement dramatique, souhaité qu’elle soit au cœur de la réflexion des maires de France. Cette laïcité, qui est la condition du vivre ensemble, que nous soyons croyants ou que nous ne le soyons pas, et quelle que soit notre croyance.
Cette laïcité qui, en réalité, est la fraternité en actes. 36 500 communes, ce sont 36 500 maires qui sont, chaque jour, au contact de leurs concitoyens. Et, dans ces périodes particulièrement difficiles, nous savons bien, les uns et les autres, que c’est vers nous que se tournent les populations, qu’elles nous demandent de la sécurité, qu’elles nous demandent simplement de les écouter, qu’elles ont besoin que nous soyons à leurs côtés. Pensons à ces fantassins de la République, les 500 000 conseillers municipaux et conseillères municipales, qui bénévolement, sont là, aussi, à retisser tous les jours, à ravauder le lien social, souvent délité même en dehors des périodes d’extrême tension. Faisons cause commune pour les valeurs de la République, pour la République, pour la France.
S’adressant aux maires, Gérard Larcher a exprimé que dans chacune des communes de France, les maires sont les porteurs d’une parcelle de la Nation française, garants du respect de la liberté, de l’égalité, de la fraternité, de la laïcité.
« Un Etat fort et une Nation réunie ont besoin de s’incarner, non pas seulement au travers de mots prononcés dans sa capitale meurtrie, mais de manière bien réelle en chaque lieu et à chaque moment, tel « un plébiscite de tous les jours ».
Le cadre de cette affirmation perpétuelle et concrète des valeurs de la République française, c’est la commune. La commune, qui constitue pour les Français une « petite République dans la Grande » la commune et le maire, vers lesquels se tournent nos concitoyens, comme premier et parfois comme dernier recours. La commune et la mairie, autour de laquelle nous nous rassemblons, instinctivement, chaque fois qu’un drame touche notre pays, la commune, la première de toutes les institutions à recueillir la confiance des Français. »
Associant à son propos à Monsieur le maire de Saint-Denis, avec lequel il y a une communauté de destin, Anne Hidalgo a exprimé « Nous restons debout et nous resterons nous-mêmes. Nous continuerons à assumer à la face du monde notre identité collective de Parisiens, de Français. Lorsque je parle de Parisiens, je parle de femmes, d’hommes, d’enfants qui sont nés ici, mais très souvent aussi nés ailleurs.
Je parle d’hommes, de femmes, d’enfants qui sont nés dans toutes nos belles régions, ici et en Outre-mer. Je parle de femmes et d’hommes qui sont nés ailleurs, à l’étranger. Je parle aussi de femmes et d’hommes qui habitent, ou pas, à Paris mais qui sont attachés à ce que cette ville nous inspire depuis si longtemps, cette envie de liberté, cette envie de vivre ensemble. Les communes de France sont des sentinelles, dressées pour défendre et faire grandir cette cohésion de la société française que nous aimons tant.
Et à celles et ceux qui nous permettent quotidiennement de vivre ensemble, je redis notre confiance dans ce moment décisif de notre histoire. Ils sont nombreux et infiniment respectables, toutes ces femmes et tous ces hommes qui font tout pour que la société parisienne et notre communauté nationale résiste aux chocs qu’elle a subis.
« Vendredi dernier, comme en janvier, ce n’est pas seulement l’État qui a été pris à partie, c’est la société tout entière, notre société, au nom d’un monde libre, valeur que nous partageons avec tant de millions d’individus sur notre planète » a exprimé François Baroin, après avoir rendu hommage aux victimes du 13 novembre à Paris et adressé un message personnel à monsieur le maire de Saint Denis .
S’adressant au président de la République, François Baroin a exprimé que « Les communes ont déjà largement apporté leur contribution aux dispositifs de sécurité sur le territoire par l’extension de la vidéo-protection ou par la mobilisation de moyens supplémentaires pour les polices municipales en concertation avec le ministère de l’Intérieur après les événements du mois de janvier.
Les maires sont résolument à vos côtés dans ce combat vital contre l’obscurantisme, le fanatisme et la violence. Nous pouvons agir concrètement, par exemple, dans le recueil d’informations sur les risques et les menaces. Il nous faut faire fonctionner plus efficacement les conseils locaux de sécurité et de prévention de la délinquance, notamment, dans le suivi des phénomènes de radicalisation. Comment concilier les principes de droit tout en garantissant une sécurité maximale dans un pays, frappé comme le nôtre vient de l’être à nouveau ? Ce sujet d’actualité préoccupe les maires de France. Le principe d'humanité doit gouverner tous les autres, car les enfants, les femmes et les hommes qui arrivent sur notre territoire fuient ceux-là mêmes qui ont tué vendredi soir 129 personnes et blessé pour toujours 352 autres.
Car si la République protège la liberté de conscience, elle ne peut accepter que cette liberté soit mise au service d’un projet criminel. Au premier rang des valeurs républicaines figure en effet la laïcité, qui protège la liberté des cultes – c’est le rôle de l’État – qui protège la liberté de conscience et garantit aux citoyens la neutralité de l’État, d’un État qui se tient à égale distance de chacun des cultes, des doutes, des scepticismes, des interrogations. C’est cela la France, modèle républicain qui nous lie,que nous défendons jour après jour en nos qualités d’élus de proximité, notre conception de la liberté républicaine, respectueuse de la personne humaine, de sa dignité et de ses choix de conscience. Les 500 000 élus locaux constituent un gisement inestimable de dévouement et de disponibilité. Et les communes pourraient être associées à une définition plus large encore de cette garde nationale. »
En conclusion François Hollande après être revenu sur les évènements tragiques du 13 novembre 2015 et fait part des intentions et projets de l’Etat face à la menace terroriste, s’est adressé aux maires « À travers vous, c’est la France qui est rassemblée, soudée dans l’épreuve, unie dans la même résolution : être capable de faire face aux circonstances.
Le gouvernement entend donc vous aider à mieux protéger nos compatriotes, mais également à mieux protéger nos policiers municipaux en finançant leur équipement et en apportant aux maires qui le souhaitent des armes qui seront prélevées sur les stocks de la Police nationale. Les contrats locaux de sécurité seront également renforcés par des moyens supplémentaires pour que nous puissions agir dans le même esprit et avec la même force. La République, c’est une société où chacun a le droit de croire ou de ne pas croire, où l’État ne reconnaît aucun culte mais permet à chacun de pratiquer le sien de façon paisible.
La laïcité, ce sont des règles de droit qui valent pour les services publics, les écoles, les lieux de culte, et qui protègent l’espace privé. La laïcité, c’est une République qui fait sa place à tous mais n’autorise rien qui puisse la menacer. C’est cette confiance dans nos principes communs, dans le projet et l’idéal que nous portons au-delà de nos différences, qui fait que nous sommes tous Français et fiers d’être Français.
Notre devoir est d’assurer la sécurité et de garantir la liberté, de protéger et de poursuivre la vie. Je sais pouvoir compter sur la mobilisation des maires de France, sur les 500 000 élus locaux, cette belle et grande avant-garde nationale. Je sais pouvoir compter sur l’union de toutes les forces de la Nation pour que, dans cette guerre, oui, cette guerre, vive la République et vive la France. ».
« La Patrie n’est pas une expression géographique défendue par des forteresses. C’est un héritage séculaire d’efforts, de luttes communes, de joies, de douleurs, d’espérance, de haines et d’amour. La Patrie ... les générations s’en passent de main en main le flambeau toujours vivant. C’est comme le feu des vestales antiques : malheur à celui qui le laisserait s’éteindre ! » Paul Bert.
Crédit photo panoramique officielle Arnaud Février
Crédit photos AMF

m.quiquemelle@echodescommunes.com