15 décembre 2025
Lors d’une conférence économique régionale à l’initiative du Conseil régional, l’accent a été mis sur la réindustrialisation des territoires, montrant le rôle complémentaire des acteurs économiques et des collectivités.
Faire que l’industrie représente 12 % du PIB national à l’horizon 2035 s’avère un défi alors qu’elle n’atteint pas encore 10 % en 2025. Sous l’impulsion de Jérôme Durain, président du Conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté, et du préfet de région Paul Mourier, la conférence économique régionale a tenté de pointer du doigt, par l’intermédiaire de la conférencière et experte du sujet Virginie Saks, les leviers d’actions pour accentuer la réindustrialisation des territoires. « L’industrialisation c’est un couple : un industriel et un territoire ! » a-t-elle introduit tout en mettant en valeur la culture industrielle de la région et ses filières dynamiques comme le nucléaire ou encore l’agroalimentaire.
Alors que certaines usines ferment leur porte, que le nombre d’ouvertures nettes d’usines stagne et que la course à l’industrie bat son plein, la Chine en tête, Virginie Saks a identifié les freins qui sont autant de leviers pour accélérer les choses. À côté de l’intervention de l’État avec son dispositif France 2030 pour créer et renforcer des filières, les territoires ont un rôle à jouer. « Les critères d’implantation des entreprises, souvent vierges d’un attachement spécifique à un territoire, reposent d’abord sur la présence d’un écosystème. Une structuration fine des filières participe d’une dynamique pour mieux cibler et mettre les efforts où ça compte. »
Le foncier, cœur du problème ?
Parmi les quatre leviers d’intervention, l’experte a étayé en premier lieu celui du foncier quand 20 000 hectares s’avèreront nécessaires d’ici 2030 à 2035. Pour y parvenir, 10 000 hectares de friches devront être reconvertis, 8 000 nouveaux hectares artificialisés tandis que 3 000 hectares résulteront de la densification de l’industrie. « Il y a un besoin à sanctuariser le foncier. Les industriels modifient leur critère d’implantation à cause de la sobriété foncière et améliorent leur densification grâce à l’accompagnement de l’agence économique régionale. » L’AER est par ailleurs à l’origine d’un outil pertinent face à cette problématique, le premier observatoire régional du foncier économique. Ce dernier recense 600 terrains disponibles.

Sans oublier l’innovation, les compétences et l’attractivité
Deuxième levier, l’innovation. Les startups industrielles font partie de la solution mais n’en représentent pas l’intégralité. « L’innovation s’accompagne dans sa phase émergente mais aussi dans la suite du parcours. Cela se traduit par des financements autant que par des mises en relation. » Là encore, l’AER se positionne comme un interlocuteur à travers le Réseau régional de l'innovation (RRI).
La problématique des compétences représente le troisième levier d’action pour faciliter la réindustrialisation d’un territoire. « Nous aurons besoin de 100 000 ingénieurs et techniciens par an d’ici 2035. » Pour y faire face, la formation joue un rôle essentiel. Les territoires peuvent contribuer à l’émergence des écoles de production, des campus des métiers et qualifications. « Le territoire peut aussi donner la parole aux entreprises pour faire connaitre leur activité. Il peut contribuer à rendre plus visibles les formations aussi bien aux jeunes, à leurs familles qu’aux responsables des ressources humaines. »
Dernier levier à envisager, celui de l’attractivité et de l’imaginaire. Pour Virginie Saks, la culture industrielle ne parle plus aux gens puisque seuls 8 % des Français recommanderaient à un proche de travailler dans l’industrie. « Il y a un besoin de transformer la vision de l’industrie, de redonner des images positives. » Pour ce faire, l’experte encourage le tourisme industriel avec des visites de sites mais aussi le recours à des jeux vidéo comme Forindustrie. « Il faut aussi recréer de l’émotion avec des récits de héros de l’industrie, que ce soit des dirigeants ou des salariés. » Pour la jeune femme, il est enfin important de recréer des récits de territoire, des histoires de collectif.
Nadège Hubert