L'agriculture, priorité d'Etat

27 septembre 2025

Au cœur des préoccupations des agriculteurs, l’eau faisait l’objet d’un forum organisé par la chambre d’Agriculture de Côte-d’Or. À Izier, agriculteurs mais aussi responsables politiques se sont réunis pour écouter les experts aborder aussi bien l’impact du changement climatique sur la ressource et sur les conséquences pour les exploitations qu'une évolution majeure introduite par la loi agricole de 2025 faisant de l’agriculture un intérêt général majeur.

« Ces dernières années pourraient être parmi les plus fraiches ! » Marjorie Ubertosi, enseignante-chercheuse à l’institut Agro-Dijon, a présenté des projections climatiques impactantes pour la population et plus spécifiquement pour les agriculteurs. Avec une hausse moyenne des températures de quatre degrés dans les années à venir, les épisodes ponctuels de canicule pourraient eux aussi être plus marqués. « Cette hausse des températures aura un impact sur l’évapotranspiration qui pourrait augmenter de 5 à 30 % selon les scénarios plus ou moins optimistes. »

Du côté des pluies, si les quantités annuelles devraient être semblables, leur distribution mensuelle devrait être plus irrégulière avec moins de précipitations aux beaux jours mais des périodes plus intenses en automne et en hiver. Une situation qui ne manquera pas d’avoir des conséquences sur le débit des cours d’eau mais aussi sur le stress hydrique des cultures. « Le besoin en eau pour la région augmentera de 92 millions de mètres cubes entre 2030 et 2049, de 581 millions de cubes entre 2050 et 2069 et de 1 521 millions de mètres cubes à partir de 2080. »

Les élus locaux entourent le préfet dans ce forum de l'eau organisé par la chambre d'agriculture. ©Nadège Hubert Marjorie Ubertosi, enseignante-chercheuse à l’institut Agro-Dijon ©Nadège Hubert

Ce besoin en eau impactera aussi les rendements avec des pertes prévisionnelles détaillées par Marjorie Ubertosi : « Si on considère une production équivalente à 4978 kilos tonnes de blé actuellement en région, la perte devrait s’établir à 44 kilos tonnes à partir de 2030, à 136 kilos tonnes en 2050 et jusqu’à 383 kilos tonnes en 2080. » Pourtant, « si on ramène les chiffres à l’échelle de nos exploitations, cette perte reste inférieure à celle que nous subissons à cause de la suppression de certains produits phytosanitaires ou du recul de la recherche et de l’innovation dans la filière agricole en France », a interpellé une agricultrice de la salle.

Stocker or not stocker ? 

Pour pallier à cette pénurie d’eau, la question du stockage peut apparaitre comme une partie de la réponse. « Retenir l’eau l’hiver ne comblera pas le besoin en eau », prévient l’enseignante-chercheuse. Pourtant, la chambre d’agriculture a souhaité donner un exemple d’expérience de rétention d’eau qui apparait comme un succès. Depuis dix ans, à Fauverney, l’association syndicale autorisée, ASA, intervenant pour l'irrigation collective s’appuie sur un bassin de stockage d’eau utilisé par huit agriculteurs. « Nous avons une retenue de 129 000 mètres cubes pour l’irrigation, neuf kilomètres de réseau pour la distribuer sur les 300 hectares équipés », précise Pascal Chadoeuf, président de l’ASA avant de compléter : « Dix millimètres de pluie captés en ruissellement nous permettent de stocker 3 500 à 4 000 mètres cubes d’eau. » Parmi les bénéfices du dispositif, l’association insiste sur les 11 points de prélèvement souterrain épargnés, sur le confort de travail mais aussi sur le maintien en activité de petites exploitations.

 

L’agriculture, intérêt général majeur

La rencontre organisée à Izier était aussi l’occasion de revenir sur la politique agricole 2025. « Nous allons vers une reconfiguration juridique qui place l’agriculture dans une dynamique positive », a ainsi introduit Carole Zakine, experte du droit agricole. Depuis mars 2025, à travers la loi d’orientation agricole, l’agriculture est inscrite dans le droit comme relevant de l’intérêt général majeur. Cette nouvelle prise de position implique que le droit de l’environnement doit désormais se soucier des impacts sur l’agriculture et les exploitations. La loi Duplomb d’août 2025 intervient, elle, pour compléter la première avec notamment un volet sur l’eau. « Ces deux lois ont un caractère exceptionnel. Il est unique pour une activité économique d’avoir une telle reconnaissance d’intérêt général majeur. » 

Détail de l'article 1 de la loi d'orientation agricole ©Nadège Hubert

Cette évolution de la prise en compte de l’agriculture intègre de valoriser et de développer la filière mais aussi d’aborder les revenus des agriculteurs. Concrètement, les décisions interdisant aux agriculteurs de prélever l’eau devront aussi se soucier de l’impact sur les rendements et les revenus des agriculteurs. « Même les dispositifs d’État doivent se préoccuper de l’intérêt général de l’agriculture, en chiffrant les impacts. C’est un changement de posture vis-à-vis de l’agriculture qui est perçue comme quelque chose de positif pour son apport à la nation dans une réflexion sur la souveraineté alimentaire. » La question de l’eau relève elle aussi de l’intérêt général, les deux étant étroitement liés. « La loi Duplomb décline l’intérêt général. Protéger la production agricole passe notamment par le stockage de l’eau. »

Carole Zakine, experte du droit agricole ©Nadège Hubert

Représentant local de l’État, Paul Mourier, préfet de la région Bourgogne-Franche-Comté, entend quant à lui reposer le contexte des besoins et ne pas limiter les solutions au simple stockage. « Cela doit passer par une série d’actions. En fonction des modes agricoles, il y aura des solutions adaptées pour aller vers le consensus. » En novembre prochain, le préfet organisera une conférence de l’eau en Côte-d’Or pour définir un plan d’action et évoquer la création de retenues d’eau en ruissellement pour préserver la nappe.

Nadège Hubert

 

 

 

 

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