14 septembre 2025
Impliqué aux côtés des élus locaux dans leur transition énergétique, le SICECO a souhaité profiter de la troisième édition de ses Assises de l’énergie pour encourager à une prise de conscience des effets attendus du changement climatique pour mieux s’adapter et faire évoluer ses usages.
55,3 degrés… Tel est le record de température qui pourrait atteindre notre territoire en 2050, quand la plus haute chaleur enregistrée actuellement affiche 42,4 degrés. Cette donnée, comme d’autres mettant en lumière les usages principaux émetteurs de carbone par secteur (voir photo), a été exposée à l’occasion des troisièmes Assises de l’énergie organisées par le SICECO au palais des congrès.
« Je n’ai de cesse de le répéter depuis, nous devons remettre en question nos pratiques, dans tous les domaines : consommer, se nourrir, nous déplacer différemment, nous loger différemment et aussi investir et mettre en œuvre nos travaux différemment… ce sont les 6 piliers de la planification écologique pilotée par l’État. Car ce n’est plus un risque hypothétique, le dérèglement climatique est bien présent », a insisté Jacques Jacquenet, président du SICECO, dans son discours introductif. « Les élus doivent prendre conscience de la réalité des choses. Nous avons encore des élus dans le déni ou climatosceptiques », a de son côté regretté Jean-Michel Jeannin, directeur du SICECO, qui invite les acteurs locaux à réagir.

Facile à faire
Le SICECO accompagne ses membres dans leur démarche de transition mais encourage à privilégier les travaux les plus pertinents. « Notre réseau électrique est enfoui à 50 % et déjà largement protégé. Il n’est donc pas nécessaire d’enfouir. Il faut ralentir cette démarche pour laquelle il n’y a pas d’intérêt à mettre de l’argent, surtout quand d’autres solutions techniques existent pour sécuriser le réseau. » Jean-Michel Jeannin estime à 1,7 million d’euros le budget nécessaire à l’enfouissement.
Alors que, selon le responsable, le nombre de points lumineux a doublé, il estime que le passage en LED de l’ensemble des éclairages publics n’est pas une nécessité. « 20 à 30 % peuvent être supprimés. Cela améliorerait aussi les corridors pour la biodiversité sensible à la pollution lumineuse. J’encourage aussi à avoir recours à des matériaux locaux comme le bois pour les poteaux. » Déjà, dans une démarche d’action sur ce sujet, 470 des 675 communes de Côte-d’Or membres du SICECO ont choisi de réduire leur éclairage public, voire même de le suspendre en été à l’exemple de Til-Châtel. Du côté de Gevrey-Chambertin et Nuits-Saint-Georges, la collectivité a profité d’un financement TEPOS pour rénover son éclairage public et accueille une centrale photovoltaïque.

L’exemple comme impulsion
Le SICECO a donné d’autres exemples de territoires ayant mis en place de bonnes pratiques, comme la communauté de communes de Pouilly-en-Auxois et Bligny-sur-Ouche qui rénove son patrimoine bâti, s’est équipé plus durablement et a installé un parc photovoltaïque de 20 hectares. La communauté de communes en est devenue actionnaire aux côtés du SICECO.
Parmi les intervenants des troisièmes Assises de l’énergie, l’ADEME a rappelé son rôle d’accompagnement à la fois financier et technique pour mettre en œuvre de tels projets tandis que les élus peuvent s’appuyer sur le réseau des élus pour agir afin de puiser inspiration et exemples.
A chacun son action
Autre partenaire des collectivités dans les chantiers mis en œuvre, la filière des travaux publics. En Bourgogne-Franche-Comté, la FRTP s’est entourée d’entreprises et d’acteurs pour faire émerger Ecorse TP. Claire Paris, secrétaire générale de la FRTP régionale et directrice d’Ecorse TP, a rappelé le rôle de cette structure : « Nous travaillons ensemble pour améliorer la préservation environnementale dans les phases de chantier et les usages du futur équipement. Nous accompagnons donc les acteurs de l’aménagement du territoire et les projets, mais nous assurons aussi la promotion des nouvelles techniques plus durables. » En améliorant les pratiques, en rationnalisant les transports, en ayant recours à des engins électriques ou encore en utilisant des matériaux biosourcés, les travaux publics intègrent les priorités environnementales des élus engagés. « Cela passe aussi par la désimperméabilisation des sols. La profession a une approche complète de la préservation environnementale. Le maitre d’ouvrage reste décisionnaire. » Claire Paris se réjouit de la volonté des élus de développer les plantations et de leur intérêt croissant pour les solutions pour lutter contre les ilots de chaleur.

De l’eau et du bois
Dans un avenir où la température grimperait à plus de 55 degrés, la question de l’eau n’a pas manqué d’être évoquée tant par les experts du climat que par les représentants du monde agricole et de la forêt. Benjamin Pohl, climatologue et directeur de recherche au CNRS, a évoqué une potentielle guerre de l’eau dans le futur. « Le cumul des précipitations a diminué de 43 % en été et augmenté de 30 % en hiver, mais la pluie tombe de façon moins régulière et plus concentrée. » En lien direct avec l’eau, l’entretien des réseaux a été associé aux questionnements tandis que le partage de l’eau entre les activités interroge. « Le nucléaire a recours à l’eau pour rafraichir les centrales et cherche à moins en utiliser, mais doit aussi encourager le recours aux énergies renouvelables. »
L’agriculture n’est bien sûr pas indifférente à cette problématique tandis que la filière participe aussi de la multiplication d’une énergie verte, « relais de croissance pour les exploitations », comme l’a souligné Jacques de Loisy, président de la chambre d’agriculture de Côte-d’Or. Le responsable a également évoqué les trois hectares de canopée photovoltaïque qui ont vu le jour, à six mètres du sol, dans le nord de la Côte-d’Or.
« Aujourd’hui, c’est à nouveau vers les ressources naturelles renouvelables de nos campagnes que l’on se tourne pour produire de l’énergie verte et installer les équipements nécessaires : méthaniseurs, centrales agrivoltaïques, éoliennes, plaquettes bois, bâtiments en structure bois… », résume Jacques Jacquenet tandis qu’Anne-Catherine Loisier, sénatrice et présidente de l’association des communes forestières, reconnait que la forêt joue un rôle essentiel dans la transition qui s’opère. « La forêt a un potentiel de filtration de l’eau, de bois énergie, de matériaux de construction. Elle est source de convoitise mais où mettre le curseur pour cette ressource qui n’est pas indéfinie et qui demande du temps. » La transition ne doit pas être motif d’autres problématiques écologiques.
Nadège Hubert