Pays de Maiche, joies et tourments des frontaliers

05 mai 2026

À chaque territoire ses avantages et ses inconvénients et à chaque élu d’en faire son parti pour en tirer le meilleur et contourner les difficultés. À la frontière suisse, la communauté de communes du Pays de Maiche relève plusieurs défis.

75 % de la population qu’abritent les communes de la communauté du Pays de Maiche vivent à proximité de la Suisse, sur le plateau de Maiche, à moins de 20 kilomètres de la frontière. Le reste des 18 700 habitants réside dans la vallée du Doubs, à environ 40 kilomètres de la Suisse. « La géographie, avec une altitude plus basse, rend la route plus complexe car il faut remonter le plateau puis redescendre » précise Franck Villemain, président de la communauté de communes. Plus éloignée, cette partie du territoire subit moins la pression foncière que connait le reste de la communauté de communes. « Beaucoup de gens viennent chez nous pour travailler en Suisse. La vallée du Doubs, plus éloignées et avec moins de services, de commerces, affiche un prix des terrains moins élevé », résume l’élu, également maire de Frambouhans.

Des inconvénients…

A contrario, le plateau de Maiche subit de plein fouet des prix des terrains qui frôlent parfois avec les métropoles en dépassant 150 euros du mètre carré. « Pour les locaux qui veulent travailler et vivre en France, c’est compliqué, en particulier pour un jeune couple. Même si chacun gagne 1 800 euros par mois, ils peuvent avoir du mal à se loger sur notre territoire » regrette Franck Villemain. En réponse, la collectivité réfléchit autrement à son territoire. En s’appuyant sur la loi Climat et Résilience qui évite l’extension des communes, les élus ont décidé de racheter du patrimoine local afin de le mettre à disposition des bailleurs sociaux. « C’est une façon d’aider les jeunes à se loger. » À titre d’exemple, l’élu local mentionne une ferme désaffectée que sa municipalité a achetée pour en faire des logements sociaux.

Les mouvements pendulaires des frontaliers qui vivent en France mais travaillent en Suisse engendrent également des difficultés sur le trafic. « Plus il y a de monde sur les routes, même en milieu rural, plus les risques d’accident augmentent. » De l’autre côté de la frontière, les voisins doivent eux faire face à des problématiques de stationnement pour accueillir les nombreux véhicules qui vont et viennent chaque jour. Par conséquent, les acteurs politiques franco-suisses mènent des actions propres comme des solutions de covoiturage, des navettes mais collaborent aussi pour apporter d’autres réponses.

Navette interentreprises ©Pays de Maiche

Partis de 5h30 du matin à 16h30 en moyenne, les frontaliers rentrent fatigués après leur journée de travail et rechignent logiquement à s’impliquer dans la vie locale, transformant leur commune en village dortoir. « Ils manquent de temps pour rejoindre les associations et tisser du lien social. » Franck Villemain évoque également des salariés venus d’autres régions pour profiter d’un travail en Suisse mais qui repartent régulièrement sur leur terre natale pour retrouver leur famille.

L’élu insiste aussi sur les difficultés de recrutement que rencontrent les entreprises locales. « Elles ne peuvent pas rivaliser sur les salaires. Elles doivent donc aller chercher de la main d’œuvre plus loin en France, mais se pose alors de nouveau le problème du logement, ou alors elles mettent l’accent sur les conditions de travail. » Le président de la communauté de communes du Pays de Maiche met l’accent sur la mobilité avec des navettes interentreprises qui doivent aider les salariés à réaliser quelques économies. « Les entreprises développent aussi des services de restauration. À la communauté de communes, nous avons mis en place la semaine de 35 heures en quatre jours pour les agents qui le souhaitent, pour gagner en confort de vie. »

… Et quelques avantages

Franck Villemain se réjouit parallèlement de l’opportunité géographique que représente la présence de la Suisse voisine. « Nous avons un territoire dynamique avec un pouvoir d’achat supérieur à la moyenne nationale. La consommation est plus importante et elle profite aux commerçants et aux restaurants notamment. » Avec des salaires 2,5 fois plus élevés qu’en France, les travailleurs suisses participent pleinement aux retombées économiques du territoire du Pays de Maiche.

Société SFMI ©Pays de Maiche

Le coût du foncier suisse encourage quant à lui les entreprises à franchir la frontière pour s’installer en France. Ces dernières années, les sociétés Sycrilor-SFMI et Raoul Guyot se sont ainsi implantées sur le territoire, apportant avec elles la création de 250 emplois. « Le taux de chômage n’est que de 4,3 % en Pays de Maiche » quand il atteint 11,8 % dans le Pays de Montbéliard, territoire le plus en retrait de la région. Pour séduire de plus en plus d’entreprises étrangères mais aussi pour attirer des acteurs économiques français à rejoindre ce secteur du Doubs, la collectivité prévoit de monter une agence économique locale, chargée de saisir les opportunités. Pour celles déjà installées, la communauté de communes joue le rôle de facilitateur pour les accompagner au mieux dans leur développement. Et qui sait, peut-être finiront-elles par attirer des salariés suisses !

Nadège Hubert