Avec ses 818 habitants et sans ressources locales, le maire de la commune a cherché à améliorer le cadre de vie de ses concitoyens tout en trouvant l’argent nécessaire à ces investissements. Il s’est ainsi glissé dans une démarche de transition numérique qui porte ses fruits et désormais des bus remplis d’élus viennent découvrir son village connecté.
Démonstrateur ville durable dans le cadre de France 2030 d’un côté, territoire intelligent et durable de la région de l’autre, le village de Badevel, situé dans l’agglomération du Pays de Montbéliard, se démarque dans le paysage des collectivités locales par son implication à devenir une commune à l’avant-garde numérique. « Nous n’avons pas d’entreprise et la vente de bois se révèle compliquée, nous devions trouver un moyen d’engranger des recettes alors nous avons pris la voie du numérique » explique Samuel Gomes, maire de Badevel. Il cite en exemple Airbnb qui gagne de l’argent dans le secteur de l’hébergement sans avoir un seul logement ou Uber qui ne possède aucun taxi. Il a ramené cette logique à l’échelle de sa commune pour trouver des idées.
Pour son Living Lab Badevel Démonstrateur village durable, Badevel a mobilisé plus de sept millions d’euros par l’intermédiaire du programme France 2030, du fonds vert, de l’Ademe, du Syded et des collectivités locales que sont la région, le département du Doubs et le pays de Montbéliard Agglomération.
Une diversité d’usages

Le projet couvre une multitude d’aspects de la rénovation énergétique de plusieurs bâtiments, qui ont permis de réaliser 20 000 euros d’économies annuelles sur les factures. « Nous n’avons pas de vidéosurveillance mais tous les bâtiments sont équipés de capteurs et de détecteurs de présence pour gérer les énergies. » Samuel Gomes mentionne également son jumeau numérique où une version des bâtiments de Badevel en 3D permet de contrôler les flux grâce à de l’intelligence artificielle. « Nous avons 90 boitiers pour la température, l’humidité, la présence, la luminosité, le CO2, le COV… » La commune prévoit également la mise en place de 620 panneaux photovoltaïques dont 120 sont déjà installés. Mais la commune ne s’arrête pas là. « Plutôt que d’envoyer les enfants de la commune dans le périscolaire des communes voisines qui nous facturait 700 euros par enfant, nous avons mis en place une plateforme physique pour accueillir notre périscolaire numérique destiné aux enfants de 6 à 11 ans. Ils y apprennent le numérique de façon éducative en dessinant et en imprimant des objets 3D ou en programmant des objets connectés » détaille le maire.
Les séniors ont quant à eux profité de la présence gratuite d’un Digitruck pendant deux semaines afin de mieux appréhender leur téléphone, tablette et autre ordinateur. « Nous avons mis en place une E-eco-ferme, véritable ferme école numérique avec, entre autres choses, une serre connectée et des robots maraichers. »
Un éco-lotissement verra également le jour avec 10 maisons test pour mesurer l’impact du climat sur les constructions, en fonction de leur positionnement par exemple.

Une question de compétences
Passionné par le sujet, Samuel Gomes n’est pas un néophyte puisqu’il est professeur des universités spécialisé en ingénierie des systèmes complexes et en innovation. Pour autant, il estime que même les élus les moins connaisseurs peuvent sauter le pas, à condition de vouloir inscrire son village dans son temps. « On a certains habitants qui voudraient garder l’image du village à l’ancienne mais qui, pour leur compte, n’envisagent pas de se priver des technologies modernes qui leur facilitent la vie. » Pour les accompagner, une start-up a vu le jour afin que d’autres communes répliquent le modèle de Badevel. « Les mairies peuvent choisir de payer une prestation de service ou opter pour un contrat de performance énergétique pour que la commune ne paie rien mais cède une partie des bénéfices. À charge des élus de négocier. » La startup apportera ainsi l’indispensable compréhension approfondie des technologies numériques et de l'intelligence artificielle et les compétences en ingénierie énergétique pour concevoir et mettre en place des solutions innovantes mais aussi pour aider à la réalisation des dossiers de subvention.
L’exemple de Badevel intrigue au-delà des frontières du Doubs. À côté des 18 communes du département qui attendent de suivre l’exemple, des bus entiers d’élus font le déplacement pour rencontrer le maire et comprendre le fonctionnement de son territoire. « Il suffit de contacter le secrétariat pour prendre rendez-vous » sourit Samuel Gomes. Y’a plus qu’à !
Nadège Hubert