Le 16 avril dernier, la préfecture de Bourgogne-Franche-Comté lançait les travaux régionaux sur la souveraineté alimentaire. Des représentants de l’ensemble de la chaîne et des différentes filières ont échangé pour imaginer les actions à mettre en place pour renforcer cette nécessaire indépendance. Échange avec Perrine Serre, sous-préfète et secrétaire générale pour les affaires régionales.
Écho des communes : Pourquoi initier des travaux régionaux sur la souveraineté alimentaire ? Perrine Serre : « Depuis le COVID puis la guerre en Ukraine, grenier à blé de l’Europe, nous nous rendons compte de la vulnérabilité de la France. Le conflit au Moyen-Orient confirme encore la situation. Nous devons réfléchir à assurer notre indépendance face à la rupture de la chaine alimentaire, à pouvoir nourrir la population mais aussi confirmer notre statut de puissance mondiale en exportant tout en intégrant les changements de pratique pour produire mieux et plus. La loi LOSARGA (NDLR : loi d'orientation pour la souveraineté alimentaire et le renouvellement des générations en agriculture a été promulguée le 24 mars 2025) reconnait l’agriculture comme un enjeu de souveraineté. La ministre a demandé ces ateliers avec l’ambition de faire émerger des idées pour produire plus, mais quoi et comment ? »
EdC : Concrètement, comment cela se passe ?
PS : « Tout a d’abord commencé par des réflexions par filière pour une stratégie nationale sur les productions à horizon dix ans. Après cette phase, nous travaillons maintenant au niveau local pour identifier les projets qui nous permettront d’atteindre ces objectifs, selon les spécificités de nos territoires. Nous avons réuni 180 participants, les acteurs, des producteurs aux industriels, pour voir ce que la Bourgogne-Franche-Comté apporte. »
EdC : Pouvez-vous donner des exemples ?
PS : « Pour répondre aux consommateurs, nous devons notamment produire plus de poulets. Il faut donc un poulailler dans chaque département alors que ce n’est pas le cas dans notre région. Mais nous ne devons pas nous contenter de répondre aux attentes, mais aussi influer sur les pratiques de consommation, convaincre le consommateur. Le prix est un frein mais il y a un enjeu de revenus pour les agriculteurs. Nous avons aussi constaté des freins réglementaires ou encore de nouvelles cultures à envisager tout en prenant en compte la ressource en eau. L’intelligence collective permettra de faire des choix. »
EdC : Les freins semblent multiples et différents…
PS : « Le gouvernement a engagé un travail de simplification avec plusieurs chantiers à mener. La loi est là pour protéger mais pas pour compliquer les choses. Nous allons donc partir des projets et voir ce qui bloque, comme des contradictions réglementaires. Pendant les travaux, les ateliers et les tables rondes, nous voulions éviter le débat pour privilégier les projets concrets, amorcer des solutions. Une fois qu’on a dit qu’il y avait un problème, qu’est-ce qu’on fait ? Nous avons travaillé par filière pour défricher le terrain. Les acteurs se réuniront à nouveau en mai et restitueront leurs travaux en juin pour faire remonter des idées concrètes. Nous n’oublions pas les sujets transversaux comme l’évolution des cultures, la concurrence internationale ou le foncier. »
Propos recueillis par Nadège Hubert