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Le Forum des opportunités réunit le temps d'une journée les agriculteurs qui souhaitent porter de nouveaux projets sur leurs exploitations et une quarantaine de structures professionnelles ayant de réelles opportunités à leur proposer : nouvelles cultures, ateliers d'élevage, services de diversification, ou encore production d'énergie.
Cette troisième édition s'est déroulée Salle de l'Ecrin à Talant, et portait particulièrement sur la résilience des exploitations.
Comment le monde agricole peut-il faire face à l’instabilité économique ? S’adapter aux conséquences du changement climatique ? À l’occasion du Forum des opportunités de Côte-d’Or, organisé par le Département, la Chambre d’agriculture et le pôle d’innovation AgrOnov, trois experts ont partagé avec les agricultrices et agriculteurs des clés et des ressources pour les aider à rendre leurs exploitations plus résilientes.
Aléas climatiques de plus en plus intenses et nombreux, conflits internationaux, volatilité des marchés… Face à l’ampleur des enjeux socio-économiques et environnementaux, les agricultrices et agriculteurs doivent adapter leurs exploitations et repenser leur activité. À l’échelle de l’exploitation, les leviers sont limités, mais l’un d’entre eux semble se démarquer : la diversification. « On constate que ceux qui se diversifient, en mêlant cultures céréalières et élevage, en élevant plusieurs espèces, en ajoutant un volet transformation dans leur activité ou de la vente directe à la ferme, s’en sortent mieux. En cas d’aléas qui touchent une activité, les autres soutiennent le revenu », résume Mathilde Schryve, responsable études et prospectives chez Cerfrance. Martin Lechenet, directeur du pôle data/intelligence artificielle de l'Alliance BFC, confirme son efficacité pour plus de robustesse, ajoutant qu’elle « donne aussi de la valeur à l’exploitation, très utile au moment de la transmission ».
Si elle présente des atouts, cette méthode doit être mesurée. Au niveau de la répartition économique des activités, en évitant la spécialisation dans l’une ou l’autre - en optant plutôt par exemple pour 30 % en agriénergie, 30 % en céréales et 30 % en élevage - et dans la réflexion même du projet. En s’appuyant sur des données, en se comparant, en envisageant le long terme. C’est tout le sens de la démarche de l’Alliance BFC, qui fédère les coopératives Bourgogne du Sud, Dijon Cérales et Terre Comtoise et propose des outils construits sur le terrain, avec les acteurs du territoire. « On récupère des données locales pour avoir une interprétation locale et accompagner au mieux les projets », précise Martin Lechenet.
Innover pour s’adapter
Responsable agronomique et filières de cette même fédération, Hervé Martin insiste de son côté sur la nécessité d’intégrer à chaque projet la question des débouchés : « Maîtriser agronomiquement est une chose, il faut pouvoir ensuite construire la filière et la rendre rentable. » En Bourgogne-Franche-Comté, la culture du colza est robuste économiquement, d’où sa forte représentation. Mais il est nécessaire d’en déployer d’autres. Depuis 2020, l’Alliance BFC teste d’autres systèmes et a mis en place deux plateformes dédiées aux nouvelles cultures : l’une en plaine à Aiserey, l’autre à 500 mètres d’altitude à Jours-les-Baigneux. Plus de trente espèces ont été testées depuis 2021 : cultures fourragères, fruits rouges, protéines végétales, fruitiers, agroforesterie, plantes aromatiques. « On fait des tests agronomiques, on apprend par l’erreur, on améliore ou on élimine. Par exemple, les fruitiers ne fonctionnent pas en altitude », précise Hervé Martin. Tout en s’assurant une viabilité économique : « On travaille en parallèle avec des clients qui vont s’engager à acheter sur le long terme. » L’expert ajoute qu’il est crucial de prendre en compte le marché : en effet, si certaines cultures comme les plantes aromatiques et médicinales sont robustes sur notre territoire, « l’enveloppe du marché est trop petite » pour qu’elles soient déployées à grande échelle.
Travailler collectivement
La diversification implique une augmentation de la charge de travail et des compétences à maitriser. Souvent, les agricultrices et agriculteurs qui font ce choix doivent embaucher ou s’associer. « L’association fonctionne bien s’il y a un raisonnement intégré entre les deux activités. Ces exploitations sont souvent moins productives mais plus économes, donc la marge économique dégagée est supérieure, et ce quel que soit le contexte », explique Mathilde Schryve. Elle ajoute : « Les agriculteurs sont de moins en moins nombreux, de plus en plus éloignés les uns des autres. Depuis des années, l’individualisme prend le dessus. Mais on observe que ceux qui réussissent à travailler en commun, à partager du matériel, s’en sortent mieux. Ils peuvent prendre plus de risques car ils s’appuient sur les expériences des autres, sur leur soutien ». Un constat partagé par Martin Lechenet : « En coopérative, on porte le risque collectivement. On est acteurs d’un protectionnisme qui fait défaut au niveau gouvernemental. »
La question de l'approvisionnement en eau
Diversifier, innover, s'associer... Toutes ces perspectives dépendent d'une ressource cruciale : l'eau. Sans prise en compte des enjeux en cours et à venir sur sa disponibilité et son approvisionnement, aucun système n'en sortira indemne, alertent conjointement les trois experts. Comment gérer les changements des régimes de précipitation pour l'irrigation des champs ? Comment nourrir et abreuver les troupeaux ? Comment maintenir des conditions hygéniques et vétérinaires impeccables ? Comment assurer une souveraineté alimentaire et sécuriser des filières que l'on veut de plus en plus locales ? « Le sujet doit aussi être appréhendé collectivement, il est sociétal », affirme Martin Lechenet. « Ce n’est pas qu’un problème d’agriculture, mais de territoire. »
Déborah Vital
