28 août 2026
L’aventure de l’entreprise de travaux publics Noirot a débuté en 1926 et se poursuit 100 ans plus tard alors que la cinquième génération se prépare doucement à prendre le relais. L’entreprise a su s’inscrire dans le temps grâce à sa capacité d’adaptation au fil du temps et à la réactivité dont elle sait faire preuve pour répondre à ses clients, communes, communautés de communes et acteurs privés.
Il se rêvait boucher ou cuisinier, mais après des études de géomètre, Franck Noirot a rejoint son père au sein de la société familiale. « Ma mère m’a poussée à travailler avec mon père » souriait le chef d’entreprise devant 450 amis réunis en juillet dernier pour célébrer les 100 ans de l’entreprise Noirot. Avec fierté, Franck Noirot raconte l’histoire de sa famille autant que celle de l’entreprise. La place de ses collaborateurs, Hélène, la secrétaire comptable, ou encore Jérôme, le directeur technique, ainsi que les autres membres du bureau ; la façon dont son père Maurice l’a formé, lui a donné le goût de l’effort, du travail… Une valeur qui a traversé le temps chez les Noirot. « François Noirot, mon arrière-grand-père, a créé la société en avril 1926 à Morey-Saint-Denis. Il l’avait appelé Le Travail. Un nom simple mais qui dit tout, une valeur, une façon de vivre et d’aider les autres. » Franck Noirot affiche encore sa fierté en évoquant le concasseur que la société était l’une des premières à posséder alors que l’activité s’orientait surtout dans les carrières. « À cette époque, on cassait et on préparait des cailloux. On intervenait pour l’ancien tacot qui reliait Dijon à Beaune. »
En 1936, à son décès, François Noirot cède ses valeurs et son entreprise à son fils Henri. Malheureusement, les 40 collaborateurs d’avant-guerre ne seront plus que sept après le conflit mondial. Cette période aura été difficile pour l’entreprise Noirot, d’autant qu’Henri, refusant de travailler pour l’occupant, a été arrêté à plusieurs reprises par la Gestapo puis libéré. Pour remonter la pente, Henri, accompagné de son fils Maurice, achète un premier camion Berlier, en remplacement de ceux qui avaient été réquisitionnés. De son côté, Maurice faisait, sans le savoir, ses premiers pas dans l’entreprise. Plus tard, lui qui s’imaginait comptable ne tardera pas, à 15 ans à peine, à rejoindre son père, poussant tantôt les wagonnets de cailloux, tantôt aidant à gérer les factures et la trésorerie. Mais une nouvelle fois, l’engagement de la famille Noirot sera sollicité, conduisant Maurice jusqu’en Algérie pour de longs mois. « À son retour, l’entreprise, désormais devenue la SARL Noirot Travaux Publics, a failli déposer le bilan. Pour redresser la situation, il s’est orienté sur les gros travaux en travaillant pour les communes, l’ONF, la DDE et la DDA » raconte Franck Noirot qui complète : « Il redonne une nouvelle jeunesse à l’entreprise qui comptera 25 salariés en 1986. »

Savoir écouter son époque
Cette même année, Franck Noirot rejoint à son tour la PME familiale après une formation de géomètre qu’il complète de nombreuses formations allant de la comptabilité au conducteur de travaux en passant par une licence de transport. « J’ai appris ce métier au contact de ceux qui l’exerçaient avant moi, j’ai copié les meilleurs. J’ai compris qu’une entreprise centenaire ne peut pas vivre uniquement de son passé. » Les bureaux de Noirot TP quittent Morey-Saint-Denis pour la nouvelle zone d’activité de Nuits-Saint-Georges en 1991, suivis des ateliers en 2003. Entre temps, Franck Noirot prend la direction générale en 2000 et marque la société de son empreinte en développant de nouveaux savoir-faire et en conservant l’indépendance de la PME en relançant l’activité de la carrière. « Au fil du temps, l’entreprise a montré sa capacité à s’adapter en adoptant de nouvelles méthodes de travail, de nouveaux matériaux et matériels, de nouvelles pratiques sociales, écologiques… » L’intelligence artificielle, les véhicules électriques, … Les innovations s’invitent progressivement chez Noirot TP, mais Franck Noirot insiste sur l’humain. « La technologie ne remplace pas le savoir-faire. Elle permet de travailler plus efficacement et plus sûrement, mais derrière chaque écran, chaque GPS, chaque drone et chaque machine, il y a toujours une femme ou un homme qui sait lire le terrain, anticiper les difficultés et prendre la bonne décision. C’est une alliance entre l’expérience et l’innovation qui permet de rester une entreprise dans notre temps. »
Des valeurs inscrites dans la durée
L’arrivée de Corentin Noirot, cinquième génération, en 2020 contribue aussi à inscrire la société, qui compte désormais près de 50 salariés, dans son époque. « Au début, ce n’était pas mon truc, mais ça me trottait dans la tête et j’y voyais une petite responsabilité » explique le jeune homme tandis que son père insiste : « Je ne l’ai jamais poussé à le faire ». Après sa formation en commerce international, son fils complète son cursus par une formation de chef de chantier pour acquérir les bases. « Je continue à apprendre tous les jours et je m’appuie sur les équipes. » En avril 2026, Corentin Noirot devient directeur général. « En rejoignant l’entreprise, j’ai découvert l’exigence de nos métiers, la réalité du terrain mais surtout l’importance du travail collectif » souligne le récent directeur général qui sait qu’une « entreprise ne se dirige et ne se développe pas simplement grâce à un nom de famille. La confiance ne se décrète pas, elle se construit avec le temps, par le travail, l’écoute, le respect et les décisions que l’on prend. »

Désireux d’honorer la confiance qui lui est accordée, Corentin Noirot profite encore pour l’heure des conseils de son père avec qui il forme un brillant duo. « Je me plais bien avec lui. Nous sommes complémentaires » sourit Franck Noirot. Les rôles sont bien répartis. Corentin assure la gestion, les finances, la dimension administrative, une partie des suivis de chantiers quand Franck conserve l’aspect commercial, la réalisation des études et des devis mais aussi l’acquisition du matériel. D’ailleurs, difficile de ne pas voir ses yeux briller quand il présente son parc machine, le garçonnet qu’il a dû être n’est jamais loin quand il évoque les bennes et autres machines. Et pour les grandes décisions, Franck Noirot le reconnaît : « J’écoute tout le monde mais je n’en fais qu’à ma tête et ce qui m’arrange ! » Toutefois, son fils à son oreille. La transmission est en marche autour des valeurs communes qui unissent les générations : l’humain, le travail, le respect de la parole donnée, l’importance de l’adaptation et de la réactivité mises au service des clients et la confiance dans les équipes.
Nadège Hubert